vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2421051 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 8 août 2024, M. A Gabsi, représenté par Me Bellanger, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle l'université Paris Cité a refusé son admission dans les formations de santé, en particulier en filière médecine, ainsi que de la délibération du jury L.AS 2/3 se prononçant sur l'admission des candidats et leur classement dans les formations de santé, en particulier en médecine, et, ensemble, les décisions d'admission en deuxième année de médecine des étudiants prises en application de cette délibération ;
2°) d'enjoindre à l'université Paris Cité de réunir le jury L.AS 2/3 afin qu'il se prononce sur sa situation sans prendre en compte ses résultats aux épreuves du second groupe dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir :
3°) de mettre à la charge de l'université Paris Cité une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il a épuisé ses deux possibilités d'accéder à la formation médecine, ayant été inscrit en en 1ère année de PASS au titre de l'année universitaire 2022/2023, et n'ayant pas été admis à l'issue de l'année 2023/2024 ;
- il y a urgence à ce que l'autorité administrative puisse remédier dans les meilleurs délais aux irrégularités invoquées susceptibles d'avoir affecté le déroulement du concours ; l'intérêt général impose qu'une décision de justice soit prise rapidement au nom du principe de sécurité juridique ;
- son ajournement a eu sur lui un impact psychologique important.
Sur le doute sérieux :
- la décision répartissant le nombre de places attribuées aux différents groupes de parcours L.AS, prise en janvier 2024, est illégale, dès lors que le nombre de places en médecine a été, pour le groupe SHS, réduit de 25 %, passant de 40 à 30 places, sans prendre en compte le nombre d'étudiants par groupe de parcours ; le grand nombre d'étudiants inscrits en L.AS a eu pour conséquence une diminution des chances d'accès aux filières de santé pour ces étudiants ;
- cette décision est entachée d'incompétence, dès lors que l'université n'établit pas que la répartition des capacités d'accueil a fait l'objet d'une délibération du conseil d'administration, en méconnaissance du IV de l'article L. 712-3 du code de l'éduction ;
- cette répartition, dont les étudiants n'ont été informés que le 6 février 2024 par mail, est intervenue tardivement, alors qu'ils avaient effectué leur choix de L.AS en fonction des places allouées dans les parcours au titre des années précédentes ; elle méconnaît les dispositions combinées du III de l'article R. 631-1-1 du code de l'éducation et des articles 1er et 7 de l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès au premier cycle des formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique, qui imposent que le nombre de places en deuxième ou troisième année du premier cycle, selon les parcours de formation, soit indiqué non seulement sur Parcoursup mais également avant le 1er octobre de l'année ; cette répartition n'a été opérée qu'à l'issue des résultats du premier semestre, qui comptent pour le premier groupe d'épreuves, portant atteinte à la sécurité juridique et à la garantie représentée par ces dispositions ;
- l'université a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la détermination du nombre de places entre les groupes de parcours ;
- les étudiants subissent une différence de traitement disproportionnée dès lors que le nombre de places par groupe de parcours et, partant, le ratio de places sur l'effectif, sont différents ;
- l'interclassement à l'issue du premier groupe d'épreuves est illégal dès lors que ses modalités ne sont pas suffisamment définies dans le " livret L.AS ", qui ne précise ni les matières, ni les coefficients, ni les ex-aequo, ni la situation des " ex-PASS " ; cette situation n'a pas permis aux étudiants de connaître les règles qui allaient être appliquées ;
- les modalités d'interclassement entre les différentes L.AS 2/3 ne permettent pas de sélectionner les meilleurs étudiants, dès lors que l'effectif pris en compte pour l'établissement des notes de rang diffère d'une année à l'autre et entre les L.AS et le PASS, ce qui introduit un biais de calcul dans les notes de rang définitives ; les notes des épreuves orales sont prépondérantes, au détriment des notes d'écrit et des résultats ; le système implique que des étudiants ayant des moyennes égales ont un classement différent ; les étudiants venus de PASS sont désavantagés par leur rang de 1ère année, forcément inférieur à celui des meilleurs étudiants d'une L.AS 1, du fait de l'admission des premiers étudiants de PASS classés en 2ème année de médecine ; ce mécanisme crée une différence de traitement illégale au regard du principe d'égalité de traitement, et remet en cause les mérites démontrés par les étudiants ;
- la prise en compte pour l'interclassement de l'effectif global de la licence, à partir des inscriptions administratives, prenant en compte les étudiants absents et défaillants, est de nature à fausser les résultats ; la comparaison entre des étudiants venus de L.AS différentes et ayant suivi des parcours différents en année n-1 est impossible ;
- au sein de chaque licence, les étudiants du parcours L.AS sont classés avec des étudiants ne suivant pas la mineure santé, ce qui fausse le classement à l'échelle de chaque licence ;
- il est contradictoire de tenir compte des résultats de l'année précédente obtenus par les étudiants en L.AS 2 et 3 eu égard au nombre de chances limitées pour passer le concours ; cela revient à prendre en compte des notes étrangères aux épreuves du concours ; les dispositions de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation et de l'article 11 de l'arrêté du 4 novembre 2019 prévoient la prise en compte du " parcours de formation antérieur " de l'étudiant, ce qui se limite à l'année en cours ;
- l'université a insuffisamment défini le contenu des épreuves orales dans le règlement des modalités de contrôle des connaissances ; les connaissances et les compétences évaluées ne sont pas précisées, en méconnaissance des dispositions du II de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique et de l'article 12 de l'arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence, dès lors qu'il ressort du " livret L.AS " que si la nature, le nombre et la durée des épreuves sont précisées, rien n'est dit sur les compétences et les connaissances évaluées, privant les étudiants de la possibilité de savoir sur quoi ils allaient être évalués lors des épreuves orales qui comptent pour les deux-tiers de la note finale ;
- l'université n'a pas suffisamment préparé les étudiants aux épreuves orales, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'éducation et du III de l'article 1 de l'arrêté du 4 novembre 2019, dès lors que cette préparation a principalement consisté en des documents au format numérique, accompagnés de 6 heures de cours, et qu'une préparation est également assurée par une association étudiante extérieure aux équipes pédagogiques de l'université ;
- en prévoyant que les sujets des épreuves orales peuvent ne pas porter sur le domaine de la santé, l'université a placé les examinateurs en situation de ne pas pouvoir vérifier les aptitudes des étudiants à suivre les études dans l'une des formations de santé et a ainsi méconnu les dispositions des articles L. 613-1, L. 631-1 et R. 613-1-2 du code de l'éducation et du II de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 ;
- la circonstance qu'à une même épreuve les sujets donnés ont porté, selon les étudiants, sur le domaine de la santé ou sur un tout autre domaine ne nécessitant aucune compétence particulière n'a pu que provoquer d'importantes disparités dont il résulte manifestement une rupture d'égalité entre les candidats et une atteinte à l'obligation de contrôle des connaissances ;
- il n'est pas établi que le nombre de sous-jurys ait été justifié au regard du nombre de candidats ;
- l'université ne justifie pas avoir, pour assurer l'égalité entre les candidats, procédé à une péréquation ou harmonisation des notes entre sous-jurys qui s'imposait du fait du nombre de sous-jurys et de la disparité des sujets ;
- l'université a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation et du III de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 en décidant que les oraux du second groupe d'épreuves représenteront les deux-tiers de la note finale, d'autant que ces deux oraux de 10 minutes chacun ne viennent sanctionner aucune connaissance ni aucune compétences enseignées au cours de l'année ; la pondération retenue dénature le système des grands admis mis en place par les dispositions de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation et l'article 11 de l'arrêté du 4 novembre 2019 ; le poids de l'oral pour la filière PASS a été porté à 50% de la note finale, contrairement à la pondération de deux-tiers maintenue en filière L.AS ; les dispositions de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation issues du décret n° 2024-747 du 5 juillet 2024, entrant en vigueur à compter de la rentrée universitaire 2024, limitent la pondération des épreuves orales de second groupe à 30 % ;
- en tout état de cause, les dispositions de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation renvoyant aux universités le soin de déterminer la pondération respective des deux groupes d'épreuves et les dispositions du I, du II et de la deuxième phrase du III de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 sont illégales, ce qui entache d'illégalité les décisions attaquées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, l'université Paris Cité, représentée par Me Moreau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. Gabsi au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, si M. Gabsi n'a pas été classé à l'issue des épreuves orales, cela n'est pas imputable à l'université ; dès lors que le nombre d'étudiants admis en deuxième année des études de santé fixé par l'université Paris Cité est limitatif, la suspension de la décision du jury du L.AS 2/3 de l'université Paris Cité concernant le requérant aurait pour effet d'affecter la situation de tous les étudiants admis en deuxième année des études de santé ; la suspension de la délibération se prononçant sur l'admission des candidats et leur classement aurait pour effet, d'une part, de remettre en cause les décisions d'admission notifiées aux étudiants de 2ème année d'études de santé, et, d'autre part, de rendre nécessaire l'organisation de nouvelles épreuves orales et l'établissement d'un nouveau classement, ce qui perturberait significativement l'organisation de la filière santé de l'université Paris Cité ;
- aucune disposition législative ou règlementaire en vigueur n'impose le vote de la répartition des places par groupes de parcours en conseil d'administration ;
- aucune disposition législative ou règlementaire ne prévoit d'obligation de communiquer le nombre de places pour chaque groupe de parcours avant le 1er octobre de l'année universitaire en cours ;
- la détermination du nombre de places entre les groupes de parcours répond à un objectif de diversification des voies d'accès, conformément aux dispositions de l'article R. 631-1-1 du code de l'éducation ; répondant à cet objectif, la répartition adoptée par l'université n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation ;
- le requérant ne soulève aucun moyen sérieux démontrant l'existence effective d'une inégalité de traitement entre les étudiants ;
- les modalités de l'interclassement telles que décrites dans le " livret L.AS " sont suffisamment détaillées ; cet interclassement tient exclusivement compte des résultats des étudiants aux épreuves, permettant de favoriser la sélection des meilleurs étudiants ; M. Gabsi ne fait état d'aucun élément sérieux démontrant l'existence d'une rupture d'égalité entre les étudiants du fait des modalités de l'interclassement ;
- l'ensemble des modalités de contrôle de connaissances et compétence, les critères de sélection, les conditions de notation et les coefficients applicables aux épreuves orales sont détaillées dans le livret L.AS, renvoyant aux dispositions du 2° de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation et de l'annexe 3 de l'arrêté du 21 décembre 2021 modifiant l'arrêté du 9 mars 2018 relatif au cadre national sur les attendus des formations conduisant à un diplôme national relevant du ministère chargé de l'enseignement supérieur ; le cours magistral n° 1 pour les épreuves orales PASS et L.AS du 31 mai 2024 précise de manière exhaustive les compétences évaluées lors des épreuves orales ;
- l'université propose un module de préparation aux épreuves orales sous la forme de deux cours magistraux et de formations de l'école doctorale en présentiel, ainsi que des annales, accessibles aux étudiants via la plateforme Moodle ;
- les universités sont libres de fixer les modalités des épreuves orales de second groupe sous réserve du respect des conditions fixées par l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation et par le II de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 ; dans ces conditions le choix fait par l'université des sujets attribués lors des épreuves orales n'est entaché d'aucune illégalité ; la rupture d'égalité entre les candidats n'est pas établie ;
- M. Gabsi n'apporte aucun élément permettant de justifier et de fonder le moyen tiré de l'irrégularité du nombre de sous-jurys et ne justifie d'aucun grief personnel en rapport avec ce moyen ;
- le moyen tiré de l'absence de péréquation ou d'harmonisation des notes n'est ni étayé ni justifié ; en tout état de cause, le choix d'y procéder ou non constitue une simple possibilité ouverte au jury et non une obligation qui relève de son pouvoir souverain d'appréciation ;
- les universités sont entièrement libres de définir les modalités de pondération entre les épreuves de la première et de la seconde phase, sous la seule réserve d'en informer les étudiants.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la requête enregistrée le 2 août 2024 sous le numéro 2421052 par laquelle M. Gabsi demande l'annulation des décisions attaquées.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- l'arrêté du 9 mars 2018 relatif au cadre national sur les attendus des formations conduisant à un diplôme national relevant du ministère chargé de l'enseignement supérieur ;
- l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Berland pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2024 :
- le rapport de Mme Berland,
- les observations de Me Cortes, représentant M. Gabsi, qui soulève un moyen nouveau tiré de la méconnaissance des dispositions du V de l'article 11 de l'arrêté du 4 novembre 2019, dès lors que les épreuves orales ont commencé le 1er juillet 2024, soit moins de quinze jours après la publication de la liste des étudiants admis à l'issue des épreuves du premier groupe, qui a été arrêtée lors de l'amphi de garnison du 28 juin 2024, et soutient en outre que, concernant les compétences évaluées par les épreuves de second groupe, les dispositions du 2° de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation citées par l'université Paris Cité dans son mémoire en défense n'entreront en vigueur qu'à la rentrée universitaire 2024-2025, que les compétences listées dans le diaporama du cours magistral délivré aux étudiants en mai 2024 ne sauraient être prises en compte au titre de la définition des compétences attendues, lesquelles doivent être votées en commission de formation au plus tard à la fin du premier mois de l'année d'enseignement et ne peuvent être modifiées en cours d'année ;
- et les observations de Me Stefanova, représentant l'université Paris Cité, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été différée en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, au même jour, à 17h00.
Par un mémoire, enregistré le 8 août 2024 à 15h53, M. Gabsi maintient ses précédentes écritures, et ajoute que le " livret L.AS " ne mentionne l'arrêté du 21 décembre 2021 que dans ses visas, et que le renvoi à la règlementation nationale peut tout aussi bien viser le II de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019, lequel indique que les compétences sont définies par les universités ; que l'université n'a pas été en mesure d'indiquer comment elle a opéré l'interclassement ; et qu'il a été privé d'une garantie, dès lors que l'amphi de garnison a eu lieu le 28 juin, soit le vendredi, pour des oraux commençant le 1er juillet, soit le lundi suivant, en méconnaissance des dispositions du V de l'article 11 de l'arrêté du 4 novembre 2019.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024 à 16h28, l'université Paris Cité maintient ses précédentes écritures, et ajoute que dès lors que les résultats des étudiants à la mineure santé L.AS session 1 et session 2 ont été portés à la connaissance des étudiants respectivement les 25 avril et 6 juin 2024, et qu'une convocation générale aux oraux accès santé PASS L.AS, qui ont eu lieu du 1er au 5 juillet 2024, a été établie le 14 juin 2024, les dispositions du V de l'article 11 de l'arrêté du 4 novembre 2019 imposant un délai de quinze jours entre la publication de la liste des étudiants admis à l'issue des épreuves du premier groupe et le début des épreuves de second groupe n'ont pas été méconnues.
Un mémoire présenté pour M. Gabsi a été enregistré le 9 août 2024 et n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. M. A Gabsi, étudiant inscrit au titre de l'année universitaire 2023-2024 en deuxième année de licence accès santé (L.AS 2) Economie et gestion à l'université Paris Cité, a été déclaré admissible à l'issue des épreuves de premier groupe des licences accès santé. A l'issue des épreuves de second groupe, il a été déclaré ajourné, en particulier dans la filière médecine. Par la présente requête, M. Gabsi demande la suspension de la décision par laquelle l'université Paris Cité a refusé son admission dans les formations de santé, en particulier en filière médecine, ainsi que de la délibération du jury L.AS 2/3 se prononçant sur l'admission des candidats et leur classement dans les formations de santé, en particulier en médecine, et, ensemble, les décisions d'admission en deuxième année de médecine des étudiants prises en application de cette délibération.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. L'exécution de la décision refusant l'admission de M. Gabsi en deuxième année d'études de médecine lui interdit de s'inscrire dans cette formation. Eu égard à ses résultats ainsi qu'à l'épuisement de ses deux possibilités d'accéder à cette formation, elle le prive d'une chance sérieuse de poursuivre des études de médecine et a ainsi un impact déterminant sur son avenir professionnel, préjudiciant de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation ou à ses intérêts pour caractériser une urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne le doute sérieux :
5. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'éducation : " Les aptitudes et l'acquisition des connaissances sont appréciées, soit par un contrôle continu et régulier, soit par un examen terminal, soit par ces deux modes de contrôle combinés. Les modalités de ce contrôle tiennent compte des contraintes spécifiques des étudiants accueillis au titre de la formation continue. Elles sont adaptées aux contraintes spécifiques des étudiants ou personnes bénéficiant de la formation continue présentant un handicap ou un trouble invalidant de la santé ou en état de grossesse. Elles doivent être arrêtées dans chaque établissement au plus tard à la fin du premier mois de l'année d'enseignement et elles ne peuvent être modifiées en cours d'année. "
6. Aux termes de l'article R. 631-1-2 du même code : " L'admission en deuxième ou en troisième année du premier cycle des formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique, au titre des dispositions du I de l'article R. 631-1, est subordonnée à la réussite à des épreuves organisées selon les deux groupes suivants : / 1° Un premier groupe d'épreuves est défini par les universités pour chaque parcours de formation antérieur mentionné au I de l'article R. 631-1. Chaque université dans laquelle seront inscrits les étudiants en deuxième ou en troisième année du premier cycle des formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique détermine les épreuves des unités d'enseignements du parcours de formation antérieur tel que défini à l'article R. 631-1 dont les résultats sont pris en compte pour l'admission dans chacune des formations. / () 2° Un second groupe d'épreuves évalue des compétences transversales. / Il comporte une ou plusieurs épreuves orales et peut comporter une ou plusieurs épreuves écrites majoritairement rédactionnelles. () ".
7. Aux termes de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique, dans sa version applicable au litige : " I. - Les épreuves du second groupe sont constituées d'épreuves orales et le cas échéant d'épreuves écrites qui ne peuvent représenter plus de la moitié du coefficient total des épreuves de cette phase. / Les épreuves écrites font l'objet d'une double correction. / Les épreuves orales comportent au moins deux entretiens avec le candidat. Pour ces épreuves, le jury mentionné à l'article 9 se constitue en groupes d'examinateurs composés d'au moins deux examinateurs choisis parmi les membres du jury ou les examinateurs adjoints mentionnés à l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation. Chaque groupe d'examinateurs doit comprendre au moins un examinateur ou un examinateur adjoint extérieur à l'université. La durée totale des épreuves orales est fixée par l'université. Cette durée ne peut être inférieure à vingt minutes et doit être la même pour tous les candidats. / II. - Les épreuves du second groupe doivent permettre aux candidats de démontrer, à partir d'une docimologie différente de celle mise en œuvre lors des épreuves du premier groupe qu'ils disposent des compétences nécessaires pour accéder aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique. / Les modalités de ces épreuves sont identiques pour tous les étudiants candidats à une même formation de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique issus d'un même groupe de parcours de formation. / Le nombre d'épreuves, la durée de chacune des épreuves, les compétences évaluées par chaque épreuve et les modalités d'évaluation de ces compétences sont notamment précisés par les universités dans le cadre de l'établissement de leurs modalités de contrôle des connaissances. / () ".
8. Aux termes du V de l'article 11 de ce même arrêté : " V. - Les épreuves du second groupe ne peuvent commencer qu'au terme d'un délai de quinze jours après la publication de la liste des étudiants admis à l'issue des épreuves du premier groupe. "
9. En l'état de l'instruction, les moyens tirés par le requérant de ce qu'il a été privé d'une garantie, en tant que les compétences évaluées par les épreuves orales de second groupe étaient insuffisamment définies, en méconnaissance des dispositions des I et II de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 citées ci-dessus, et en tant les épreuves de second groupe ont commencé moins de quinze jours après la publication de la liste des étudiants admis à l'issue des épreuves du premier groupe, en méconnaissance des dispositions du V de l'article 11 citée ci-dessus, apparaissent de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. Gabsi est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le jury L.AS 2/3 l'a déclaré non-admis en deuxième année de médecine, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
11. Toutefois, eu égard aux conséquences manifestement excessives qui résulteraient de la suspension de l'exécution de la délibération par laquelle le jury du L.AS 2/3 a prononcé l'admission de l'ensemble des candidats et leur classement, qui remettrait en cause toutes les décisions notifiées aux étudiants admis en deuxième année de médecine, l'intérêt public commande en revanche qu'il ne soit pas fait droit aux conclusions de la requête tendant à la suspension de leur exécution.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. L'exécution de la présente ordonnance implique que, dans l'attente du jugement au fond de la requête de M. Gabsi, le président de l'université Paris Cité réunisse le jury L.AS 2/3 afin que ce dernier réexamine la candidature de M. Gabsi à l'admission dans les formations de santé, en particulier en médecine, sans prendre en compte les résultats de l'intéressé aux épreuves du second groupe, et par suite sur la seule base de ses résultats aux épreuves du premier groupe, ainsi constitutives de 100% de sa note finale. Il appartiendra au jury de comparer cette note ainsi déterminée à la note finale la plus basse ayant permis à un candidat d'être admis en formation de santé, et particulièrement de médecine, au titre de l'année 2023-2024. Il lui est enjoint d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'université Paris Cité la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'université Paris Cité demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle l'université Paris Cité a déclaré M. Gabsi non-admis dans les formations de santé, en particulier en filière médecine, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à l'université Paris Cité de procéder, à titre provisoire, au réexamen de la situation de M. Gabsi sans prendre en compte les résultats de l'intéressé aux épreuves du second groupe, et par suite sur la seule base de ses résultats aux épreuves du premier groupe, ainsi constitutives de 100% de sa note finale, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'université Paris Cité versera à M. Gabsi une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A Gabsi et à l'université Paris Cité.
Fait à Paris, le 9 août 2024.
La juge des référés,
F. Berland
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1