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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421065

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421065

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421065
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantBARTHOD-COMPANT LA FONTAINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme D, ressortissante iranienne, qui contestait le refus du ministre de l'intérieur de l’admettre sur le territoire au titre de l’asile pour elle et sa fille mineure. La requérante invoquait notamment la méconnaissance du principe de confidentialité, des conditions d’entretien inadaptées et une erreur d’appréciation sur le caractère manifestement infondé de sa demande. Le tribunal a estimé que la demande d’asile était manifestement infondée au sens de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en raison du manque de crédibilité des craintes de persécution liées à une conversion au christianisme. La décision a été prise après consultation de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, conformément à l’article L. 352-2 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2024, Mme B D, devenue Mme B D, retenue en zone d'attente de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, demande au tribunal, en son nom, et au nom de sa fille mineure, C A :

1°) d'annuler la décision du 1er août 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé leur admission sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît le principe de confidentialité des éléments d'information relatifs à sa demande d'asile ;

- les conditions matérielles et psychologiques dans lesquelles se déroule l'entretien avec les agents de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne mettent pas en mesure les demandeurs d'asile de s'exprimer de manière détaillée, précise et plausible ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande d'admission au titre de l'asile n'est pas manifestement infondée ; ses propos ne sont ni incohérents, ni inconsistants, ni trop généraux ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît le principe de non refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Castéra en application de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Castéra,

- les observations orales de Me Barthod- Compant La Fontaine, avocat commis d'office représentant Mme D, assistée d'un interprète en langue Farsi, qui soutient en outre que l'interprète dont elle a bénéficié était afghan et non iranien ce qui a pu entraîner des difficultés de compréhension lors de l'entretien, qu'elle et sa fille ont décidé de se convertir au christianisme, raison pour laquelle elles ont quitté l'Iran pour approfondir leur connaissance de cette religion en Europe. Elles ont appris que leur amie qui s'était convertie au christianisme avait été arrêtée en Iran. Elles ont été appréhendées à plusieurs reprises en Iran en raison du fait qu'elles ne portaient pas le hijab.

- et les observations orales de Me Ben Hamouda, avocat du ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui insiste sur le fait que le projet de conversion au christianisme de la requérante n'est pas suffisamment crédible.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante iranienne née le 27 août 1986, accompagnée de sa fille mineure, demande l'annulation de la décision du 1er août 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté leur demande d'entrée en France au titre de l'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ".

3. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de Mme D telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, que la requérante fait valoir qu'elle a commencé à s'intéresser à la religion chrétienne en 2020 et qu'elle souhaite s'y convertir. Elle a découvert cette religion par une voisine russe, dont elle a précisé le nom à l'audience. Son projet de se convertir a été freiné par sa peur d'être arrêtée et de subir des violences. En 2024, elle a fait la connaissance de Maryam, de religion protestante, à qui elle a fait part de son intérêt pour le christianisme. Mme D et sa fille ont alors participé à deux cours sur la religion chrétienne dans une église de maison tout en ayant peur des représailles, le changement de religion étant un crime en Iran. Elles ont quitté l'Iran pour se rendre en Europe, afin d'approfondir leur connaissance de la religion chrétienne, en sécurité. Elles ont alors appris, après leur départ, que Maryam avait été arrêtée, ainsi que les autres participants à l'église de maison.

5. Si le récit de Mme D manque de précisions sur certains points, les réponses aux questions qui lui ont été posées par l'officier de protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, corroborées par ses observations orales faites à l'audience, ne sont pas, contrairement à ce que fait valoir le ministre de l'intérieur et des outre-mer, dépourvues de toute crédibilité et ne peuvent être regardées comme dépourvues de tout élément circonstancié. Par suite, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en considérant que la demande d'asile présentée par Mme D est manifestement infondée, a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 1er août 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 352-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Si le refus d'entrée au titre de l'asile et, le cas échéant, la décision de transfert sont annulés, il est immédiatement mis fin au maintien en zone d'attente de l'étranger, qui est autorisé à entrer en France muni d'un visa de régularisation de huit jours. Dans ce délai, l'autorité administrative compétente lui délivre, à sa demande, l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides () ".

8. En vertu des dispositions qui précèdent, il y a lieu de faire droit à la demande de Mme D tendant à enjoindre à l'administration de l'admettre au séjour et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'OFPRA.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme D, qui a été assistée par un avocat commis d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion de l'instance. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 1er août 2024 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'admettre Mme D au séjour et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Barthod-Compant La Fontaine et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Décision rendue le 14 août 2024.

La magistrate désignée,

A. CASTÉRALa greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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