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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421072

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421072

vendredi 16 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421072
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait les arrêtés du préfet de police du 2 août 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour 36 mois. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen de la situation personnelle. Il a jugé inopérant le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et a estimé que le droit d'être entendu avait été respecté, l'intéressé ayant été auditionné par les services de police avant la décision. La requête a été rejetée sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 et 15 août 2024, M. A B alias M. C, actuellement retenu au sein du centre de rétention administrative de Paris-Vincennes, représenté par Me Pecheu, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- les arrêtés sont signés par une autorité incompétente ;

- ils sont insuffisamment motivés ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- ils sont entachés d'un vice de procédure dès lors qu'il a été privé de son droit d'être entendu et n'a pas été invité à présenter des observations préalables en violation de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Madé en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Madé,

- les observations de Me Pecheu, avocat commis d'office, représentant M. B, assisté de Mme E, interprète en langue arabe, demandant à titre subsidiaire, la réduction de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français,

- et les observations de Me Vo, représentant le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 6 août 1985, entré en France en 2012 selon ses déclarations, a fait l'objet d'un arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ainsi que d'un arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces arrêtés.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-000924 du 8 juillet 2024 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné à Mme D, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté litigieux, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, les arrêtés litigieux, qui énoncent les circonstances de fait et de droit sur lesquels ils sont fondés, sont suffisamment motivés.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé avant de prendre les arrêtés en litige.

5. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions portant obligation de quitter le territoire français et celles qui peuvent les assortir, dont le refus d'octroi de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen doit donc être écarté.

6. En cinquième lieu, si le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne par un Etat membre de l'Union européenne est inopérant, dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse qu'aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une mesure d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition dressé par les services de police le 1er août 2024 dans le cadre de son interpellation pour des faits d'enlèvement, séquestration et violences habituelles par conjoint, que M. B a été entendu sur sa situation personnelle, notamment en ce qui concerne son âge, sa nationalité, sa situation de famille, ses conditions d'hébergement, sur sa situation administrative et sur les raisons et conditions de son entrée en France. Le requérant a eu ainsi la possibilité, au cours de cet entretien, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français prises à son encontre. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, qui a reconnu être en situation irrégulière sur le territoire français, disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prise à son encontre les mesures qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées méconnaîtraient le principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". En outre, aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ;3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Ainsi, il n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise au terme d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

10. D'autre part, le préfet de police s'est notamment fondé sur l'existence d'une menace à l'ordre public pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé. Or, il ressort des pièces du dossier que le comportement de M. B a été signalé le 2 août 2024 par les services de police pour des faits d'enlèvement, séquestration et violence habituelle par conjoint. Si M. B n'a pas reconnu les faits, il ressort des pièces du dossier que ceux-ci ont été constatés dans le cadre d'une enquête de flagrance et que sa compagne, entendue dans le cadre de cette enquête, a confirmé avoir été brutalisée par l'intéressé et a également relaté des faits de violence antérieurs. L'intéressé est d'ailleurs référencé sous son nom et différents alias dans le fichier automatisé des empreintes digitales pour plusieurs signalements dont deux liés à des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis en mai 2020 et à des faits de violence sur concubin suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis en septembre 2021. Ces signalements permettent de démontrer que, malgré l'absence de condamnation pénale, le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Au surplus, M. B ne conteste pas présenter un risque de fuite compte tenu de son entrée irrégulière en France, de son maintien sur le territoire sans solliciter un titre de séjour et de l'absence de garanties de représentation suffisantes. Par suite, il n'établit pas que la décision portant refus de délai de départ volontaire aurait été prise au terme d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il ressort des pièces du dossier que le comportement du requérant est constitutif d'une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, s'il indique être entré sur le territoire français en janvier 2012 et être marié religieusement avec sa compagne, de nationalité française, l'intéressé, sans enfant à charge, n'établit pas l'ancienneté de sa présence sur le territoire français ni la réalité et la stabilité de la vie commune avec sa compagne, au demeurant victime de ses agissements violents. Par suite, il n'établit pas que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois aurait été prise au terme d'une inexacte application des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Décision rendue le 16 août 2024.

La magistrate désignée,

C. MADÉLa greffière,

D. PERMALNAICK

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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