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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421102

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421102

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421102
TypeDécision
Avocat requérantSY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de police de délivrer à M. A, ressortissant sénégalais, une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant réfugié, dans un délai de quinze jours. Le juge a reconnu l'urgence et l'utilité de la mesure, M. A étant dépourvu de tout document justifiant de la régularité de son séjour et ne pouvant travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans assortir l'injonction d'une astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2024, M. D A, représenté par

Me Samba Dieng Sy, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnel provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, au préfet de police de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de délivrance de titre de séjour, dans un délai de sept jours suivant le prononcé de la décision, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que, dépourvu de tout document attestant de la régularité de son séjour en France, il se trouve dans une situation de précarité administrative et financière, empêché de pourvoir aux besoins de sa famille par l'exercice d'une activité professionnelle alors qu'il est père d'une enfant reconnue réfugiée ;

- la mesure d'injonction sollicitée est utile ;

- la mesure d'injonction sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de référé :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre, faisant suite à la remise d'un récépissé, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et de lui remettre dans l'attente, cette attestation.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article

L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette impossibilité sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant sénégalais, né le

24 février 1978, entré en France le 8 juillet 2023, muni d'un visa long séjour, valable du

6 juin 2023 au 4 septembre 2023, a sollicité, le 14 août 2023, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en qualité de père de l'enfant Mariama A, reconnue réfugiée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 février 2021. Sa demande a été enregistrée le 4 octobre 2023, après la réception des documents complémentaires nécessaires à son examen, et M. A a été muni d'un document intitulé " confirmation du dépôt d'une première demande de titre de séjour ". Le requérant établit par la production de nombreux courriels, auxquels la préfecture a répondu, avoir sollicité les services de la préfecture de police entre le 26 novembre 2023 et le 30 juillet 2024 de demandes de renseignements sur l'état d'instruction de son dossier et de délivrance d'un récépissé ou d'une attestation de prolongation d'instruction. Eu égard aux conséquences de la possession d'un document attestant de la régularité du séjour, notamment du droit au travail de l'étranger, la demande de M. A dont il résulte de l'instruction qu'elle a été acceptée, est en cours de traitement et ne ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative, présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de remettre dans un délai de quinze jours à M. A l'attestation de prolongation de sa demande de titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant reconnue refugiée l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par la présente ordonnance, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Samba Dieng Sy, conseil de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Samba Dieng Sy d'une somme de 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros lui sera versée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de remettre dans un délai de quinze jours à

M. A l'attestation de prolongation de sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant reconnue réfugiée l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Samba Dieng Sy une somme de 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation par Me Samba Dieng Sy à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 500 euros lui sera versée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Samba Dieng Sy.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 19 août 2024.

La juge des référés,

V. C B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9

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