vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2421107 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | GUIMELCHAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 août 2024 et le 31 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Guimelchain, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle traduit un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la détention d'un visa de long séjour n'était pas requise pour la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- c'est à tort que le préfet de police a refusé de lui appliquer les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de police de son pouvoir général de régularisation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles traduisent un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
- elles sont privées de base légale ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elles comportent sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête ; il fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.
La clôture de l'instruction est intervenue le 31 octobre 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 2 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leur famille du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-6476 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- les observations de Me Guimelchain, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 17 février 2004, entré en France sous couvert d'un visa de court séjour le 3 juin 2018, y a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 9 mai 2022. Par un arrêté du 19 juin 2024, le préfet de police a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. M. B en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français à l'âge de quatorze ans et y a séjourné de manière continue depuis lors afin d'y poursuivre ses études, d'abord au collège puis au lycée et enfin dans un établissement d'enseignement supérieur pour la délivrance du brevet de technicien supérieur (BTS) spécialité comptabilité et gestion. Il produit à cet égard, outre ses bulletins de note, un courrier de sa professeure principale dans le cadre de sa première année de BTS, qui évoque un étudiant qu'elle qualifie d'" extrêmement sérieux " et " très performant " avec " des qualités intellectuelles notables " ainsi que l'attestation de réalisation d'un stage de deux mois dans le service chargé de la comptabilité d'un centre d'hébergement d'urgence, qui souligne que l'intéressé " a donné entière satisfaction " et présente " toutes les compétences pour pouvoir se projeter sur les métiers de la gestion et de la comptabilité pour lesquels il a du goût et une véritable compréhension des sujets ". M. B justifie également, par les attestations qu'il produit, participer aux activités organisées par le centre d'hébergement d'urgence où il est pris en charge avec ses parents et ses frère et sœur, y compris par " l'accompagnement des plus jeunes enfants lors de sorties pour seconder les professionnels de l'animation ", et aider activement à l'éducation de ses deux frère et sœur, nés le 21 février 2010 et le 25 septembre 2019, en allant les chercher à l'école et en contribuant à leur suivi scolaire. Il ressort enfin des pièces du dossier que le requérant entretient des liens familiaux intenses et réguliers avec le reste de sa famille qui séjourne régulièrement en France sous couvert de certificats de résidence de dix ans ou qui dispose de la nationalité française, et notamment sa grand-mère, sa tante et ses trois oncles. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de police doit être regardé comme ayant entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir général de régularisation dont il dispose même sans texte en refusant la délivrance d'un certificat de résidence à l'intéressé et en lui faisant subséquemment obligation de quitter le territoire français.
3. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. L'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, sauf changement de circonstance de droit ou de fait qui y ferait obstacle, qu'il soit enjoint au préfet de police, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer un certificat de résidence à M. B dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Guimelchain, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police de Paris du 19 juin 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer un certificat de résidence à M. B dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Guimelchain la somme de 1 200 euros sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police de Paris et à Me Guimelchain.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme de Schotten, première conseillère,
M. Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/6-1
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