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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421356

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421356

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421356
TypeDécision
Avocat requérantVI VAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu la décision du 27 juin 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avait cessé d'accorder à Mme B, une ressortissante éthiopienne demandeuse d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le juge a estimé que la condition d'urgence était caractérisée, compte tenu de la situation de précarité et de vulnérabilité de la requérante, et qu'il existait un doute sérieux quant à la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la vulnérabilité de l'intéressée n'ayant pas été suffisamment prise en compte. L'OFII a été enjoint de rétablir ces conditions matérielles d'accueil dans un délai de sept jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrés les 6 et 9 août 2024, Mme B, représentée par Me Vi Van, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, la suspension de la décision du 27 juin 2024, par laquelle l'OFII a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de sept jours, à compter de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

5°) de mettre à sa disposition un interprète en langue tigrigna.

Elle soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- la décision en litige porte une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle, en l'absence d'octroi des conditions matérielles d'accueil, elle est dépourvue de toutes ressources et placée en situation de précarité ;

- elle est vulnérable, a subi de graves violences, elle est suivie par le pôle psychiatrie précarité du GHU Paris psychiatrie et neurosciences et a besoin du traitement médical qui lui est dispensé ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil :

- la décision est entachée d'erreur de droit ;

- la décision en litige méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte par l'OFII ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable et que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 août 2024 sous le numéro 2421358 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la loi 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 16 août 2024, tenue en présence de Mme Louart, greffière d'audience, Mme D A a lu son rapport et entendu les observations de

Me Chrétien substituant Me Vi Van pour Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 19 juin 2000, de nationalité éthiopienne, entrée en France à une date non précisée, s'est présentée, le 4 janvier 2024, au guichet unique des demandeurs d'asile de Paris pour déposer une demande de protection internationale au titre de l'asile. Elle a demandé à pouvoir bénéficier des conditions matérielles d'accueil qui lui ont été accordées. Toutefois, ses empreintes ayant été relevées en Suède, la requérante s'est vu notifier, le 5 février 2024, un arrêté de transfert aux autorités suédoises. Mme B a contesté la légalité de cette décision devant le tribunal administratif de Paris, par une requête du 9 février 2024, laquelle a été rejetée le

7 mars 2024. Par un courrier en date du 5 avril 2024, l'OFII l'a informée de son intention de cesser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à son égard, au motif qu'elle n'a pas déféré à deux convocations à la préfecture de police fixées les 22 et 29 février 2024. Dans le délai de quinze jours imparti, l'intéressée a fait part de ses observations aux services de l'Office. Par une décision du 27 juin 2024, reçue le 24 juillet suivant, le directeur territorial de la direction territoriale de l'OFII à Paris lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'avait " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en [s']abstenant de [se] présenter aux autorités le 22/02/2024 et le 29/02/2024 ". Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission, à titre provisoire, de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Mme B justifie, par la production d'un certificat médical, établi le 5 août 2024, soit postérieurement à la décision en litige, qu'elle est suivie médicalement pour des troubles psychologiques, et fait valoir que la cessation de versement des conditions matérielles d'accueil est de nature à la placer en situation de précarité et donc d'urgence, cette mesure portant une atteinte grave et immédiate à sa situation. La condition d'urgence doit ainsi être regardée comme remplie.

6. En l'état de l'instruction, en l'absence notamment de la production d'éléments justificatifs suffisamment précis sur la vulnérabilité particulièrement grave alléguée, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les autres conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à son profit. Il en va de même pour les conclusions tendant à ce qu'un interprète en langue tigrigna soit mis à sa disposition, aucune disposition légale et règlementaire ne prévoyant une telle mise à disposition.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Vi Van.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 19 août 2024.

La juge des référés,

V. D A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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