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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421373

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421373

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421373
TypeDécision
Avocat requérantDAVID

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a constaté que le préfet de police avait pris une décision favorable délivrant à M. B une carte de résident valable dix ans, rendant ainsi sans objet la demande de suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour. La solution retenue est un non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte, le requérant ayant obtenu satisfaction en cours d'instance. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 424-13, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, M. A B, représenté par Me David, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans le délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une attestation de décision favorable dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros HT, soit 2 400 euros TTC, à verser à Me David sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, et à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- titulaire d'une carte pluriannuelle et résidant en France depuis l'année 2017, il peut prétendre à la délivrance d'une carte de résident de dix ans ;

- malgré de nombreuses relances auprès de l'administration, son titre de séjour n'est toujours pas prêt, aucune attestation d'acceptation ne lui a jamais été délivrée et il se retrouve sans aucun document pour prouver la légalité de son séjour en France ;

- l'inertie de l'administration l'a fait basculer en situation irrégulière, laquelle l'expose à la perte de ses droits ;

- il vit dans la crainte quotidienne des désagréments d'éventuels contrôles de police constatant l'expiration de son titre de séjour ;

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision litigieuse est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est, du fait de la décision litigieuse, abusivement restreint dans l'exercice de ses droits ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête et au rejet des conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- une décision favorable a été prise pour la délivrance au requérant d'une carte de résident, valable du 2 août 2024 au 1er août 2034 ;

- dans l'attente de la fabrication et de la remise matérielle de sa carte de résident à M. B, il a été invité à se présenter le 9 août 2024 à 8 heures 30 pour la remise d'un récépissé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le numéro 2421374.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug, présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 9 août 2024, en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport, informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte de la requête, dès lors que le préfet de police a décidé de délivrer à M. B une carte de résident valable à compter du 2 août 2024, laquelle est en cours de fabrication, et entendu les observations de Me Hiesse, substituant Me David, représentant M. B, laquelle a indiqué que le requérant entendait maintenir les conclusions de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 16 février 1998, a demandé au préfet de police de renouveler le titre de séjour dont il était titulaire en tant que bénéficiaire de la protection subsidiaire et qui était valable jusqu'au 5 mars 2023. Il soutient que le silence du préfet de police suite à sa demande de renouvellement de titre de séjour a fait naître une décision implicite de refus de titre de séjour. M. B demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision implicite.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

5. Il résulte de l'instruction que le préfet de police a décidé, le 2 août 2024, avant l'introduction de la requête, de délivrer à M. B une carte de résident valable du 2 août 2024 au 1er août 2034, laquelle est en cours de fabrication. Par suite, il n'est pas recevable à demander la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident. Il résulte également de l'instruction que dans l'attente de la fabrication de sa carte de résident, M. B a été invité à se présenter le 9 août 2024 à la préfecture de police en vue de la remise d'un récépissé de demande de titre de séjour.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1 : M. B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me David et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 12 août 2024.

La juge des référés,

S. Marzoug

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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