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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421533

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421533

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421533
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantBERTE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a été saisi en référé-suspension par Mme C, ressortissante nigériane, pour contester le refus du préfet de police de Paris de l'admettre au séjour en tant que mère d'un enfant français. Le juge des référés a prononcé l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de la requérante. Sur le fond, il a examiné la demande de suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, en lien avec les articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. La solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais la décision a été rendue après une audience publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2024, Mme E C, représenté par Me Berté, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 14 mars 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de l'admettre au séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de reprendre l'instruction de sa demande dans un délai de sept jours, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer dans le même délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à la délivrance de sa carte de séjour ou jusqu'à ce qu'il soit prononcé une nouvelle décision sur sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui sera versée à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

En ce qui concerne l'urgence :

- l'exécution de la décision litigieuse a pour conséquence, de maintenir la requérante en situation irrégulière l'exposant à un risque élevé de reconduite aux frontières en cas de contrôle d'identité alors même qu'elle est mère d'un enfant mineur de nationalité française ;

- elle la maintient dans une situation de précarité administrative et financière dès lors qu'elle ne peut ni exercer une activité professionnelle, ni percevoir de prestations sociales pour sa fille mineure de nationalité française ;

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision ne comporte pas le nom et la qualité de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a droit au séjour dès lors qu'elle est mère d'un enfant français dont elle contribue à l'entretien et l'éducation et qu'en tout état de cause, le préfet n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que la décision d'arrêté portant obligation de quitter le territoire français non exécutée qu'il lui oppose lui aurait été notifiée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Le préfet de police, représenté par Centaure Avocats, a produit des pièces complémentaires le 16 août 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête enregistrée le 5 août 2024 sous le numéro 2421286 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 16 août 2024, tenue en présence de Mme Chakelian, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Berté, pour Mme C, qui reprend et développe les moyens de la requête. Il soutient en outre que l'obligation de quitter le territoire français n'a pas été notifiée à la bonne adresse et qu'en tout état de cause, elle est postérieure à la naissance de l'enfant français de Mme C ;

- les observations de Me Khan, pour le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante nigériane, entrée en France le 16 juillet 2021, sous couvert d'un visa Schengen a sollicité l'asile de façon infructueuse. A la suite de la naissance de sa fille de nationalité française, le 23 décembre 2022, elle a sollicité un titre de séjour en tant que mère d'un enfant français. Le dossier de demande a été complété en dernier lieu le 25 janvier 2024. Cette demande a été rejetée par une décision du 14 mars 2024 dont la notification n'est pas établie et dont Mme C demande au juge des référés la suspension de l'exécution.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

S'agissant de l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.

6. La décision attaquée place la requérante en situation irrégulière alors qu'elle est dans une situation de grande vulnérabilité et alors qu'elle est mère d'un enfant français dont il n'est pas contesté qu'il est à sa charge. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie, ce que ne conteste d'ailleurs pas le préfet de police en défense.

S'agissant de l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est mère d'un enfant de nationalité française né de son union avec Monsieur A D, ressortissant français. Il est constant qu'elle s'en occupe et que le père contribue financièrement à son éducation. Au regard de sa situation en France et de ses conditions d'existence alors qu'elle est mère d'un enfant français dont elle s'occupe, le moyen tiré par Mme C de ce que le refus de renouveler son titre de séjour méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est ainsi de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée lui refusant le renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de l'intéressée et de munir Mme C d'une autorisation provisoire de séjour, lui permettant de travailler dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Berté, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Berté de la somme de 1 100 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 14 mars 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme C et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Berté renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Berté, avocat de Mme C, la somme de 1 100 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C, au préfet de police et à Me Berté.

Fait à Paris, le 22 août 2024.

Le juge des référés,

N. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2421533

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