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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421557

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421557

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421557
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDRAME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2024, Mme B D, représentée par Me Drame, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une décision du 29 août 2024, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Salzmann,

- les observations de Me Drame, représentant Mme D.

Une note en délibéré, enregistrée le 14 novembre 2024, a été présentée pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante malienne née le 31 décembre 1977 et entrée en France en 2017 selon ses déclarations, a sollicité, le 3 avril 2024 auprès des services de la préfecture de police, la délivrance de plein droit d'un titre de séjour au titre des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 de ce même code. Par un arrêté du

3 juillet 2024, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article

L. 432-14 ".

3. En premier lieu, Mme D se prévaut de la durée de son séjour en France depuis 2017, de la présence sur le territoire national de son compagnon en situation régulière et de leurs deux enfants mineurs, nés en 2018 et 2020, scolarisés en maternelle, et de son intégration sociale. Toutefois, par les pièces qu'elle produit, des cartes AME à partir de 2018 et les certificats de scolarité de ses enfants, à compter de l'année 2020/2021 pour l'aîné, Mme D n'établit pas suffisamment sa résidence habituelle en France et à la supposer même établie, elle ne démontre aucunement vivre avec M. C, lequel est titulaire d'une carte de résident selon les termes non contestés de la décision attaquée, ou entretenir une quelconque relation avec celui-ci ni que ce dernier contribuerait à l'entretien ou à l'éducation des enfants. Si les attestations produites, postérieures à la décision attaquée, soulignent les efforts de participation de Mme D à la vie scolaire de ses enfants, aucune circonstance particulière ne s'oppose à ce qu'elle poursuive sa vie privée et familiale avec ses deux jeunes enfants au A que la requérante a quitté à l'âge de quarante ans, où les enfants peuvent poursuivre leur scolarité et alors qu'elle ne justifie pas y être dépourvue de toute attache familiale. Dans ces conditions, et alors, au demeurant, que la requérante qui produit une attestation, postérieure à l'arrêté contesté, d'inscription en cours de français pour les années 2022 et 2023, ne manifeste pas avoir acquis un niveau élémentaire en français, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de l'intéressée ne répondait pas à des motifs exceptionnels ou à des considérations humanitaires justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. En second et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 ci-dessus qu'eu égard aux conditions de séjour et à la situation personnelle et familiale de l'intéressée, alors que rien ne s'oppose à ce que sa vie familiale se poursuive hors de France, en refusant de délivrer un titre de séjour à l'intéressée et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 3 juillet 2024. Les conclusions de la requête aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

M. SalzmannL'assesseure la plus ancienne,

E. Armoët

La greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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