lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2421639 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 août 2024 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 22 et 23 août 2024, M. B A, représenté par Me Soh Mouafo, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 26 juin 2024 portant refus de renouvellement de son titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de renouveler son titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou à lui verser directement en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie car la décision en litige lui fait perdre une opportunité de travail en contrat à durée indéterminée et fait obstacle à la délivrance de son permis de conduire alors qu'il a réussi les examens de passage ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'erreur de fait quant à l'avis de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 et L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il réside en France depuis plus de quinze ans, il est le père de deux enfants de nationalité française à l'entretien et à l'éducation desquels il contribue, il est bien inséré professionnellement et sa compagne depuis trois ans, avec laquelle il a l'intention de se marier, est en situation régulière sur le territoire français ; il ne représente pas une menace grave pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son intégration réussie dans la société française, de ses liens privés et familiaux intenses, stables et anciens sur le territoire français, de l'absence de menace qu'il représente pour l'ordre public et de l'avis favorable de la commission du titre de séjour.
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant car elle a pour effet de l'éloigner de ses enfants qui ont vocation à rester sur le territoire français ;
- la décision lui faisant interdiction de séjour est privée de base légale du fait de l'illégalité des deux décisions précédentes.
Le préfet de police a produit des pièces les 21 et 22 août 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2419980 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lambert pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Dekhil, greffière d'audience, Mme Lambert a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Soh Mouafo pour M. A qui soutient les mêmes moyens que ceux développés dans sa requête et indique qu'il va produire en délibéré des pièces justifiant que M. A a payé ses condamnations ;
- M. A, qui explique qu'il ne voit plus son fils et est dans l'attente d'une décision du juge aux affaires familiales pour son droit de visite, mais qu'il contribue régulièrement à son entretien, et qu'il verse également régulièrement une pension pour l'entretien de sa fille, fixée amiablement avec la mère de l'enfant ;
-Me Zerad, pour le préfet de police, qui souligne que, dans le nouveau contexte législatif, les mentions portées au casier judiciaire de M. A sont de nature à caractériser un trouble à l'ordre public ; qu'un défaut de permis de conduire équivaut à une conduite sans assurance et que M. A est en état de récidive.
La clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2024 à 12 heures.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 1er janvier 1994, a bénéficié de titres de séjour successifs depuis le 19 septembre 2014 portant la mention " vie privée et familiale ", le dernier étant arrivé à expiration le 29 novembre 2021. Par la présente requête M. A demande la suspension de l'arrêté préfectoral du 26 juin 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente
ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. En l'état de l'instruction, alors que M. A est le père de deux enfants de nationalité française issus de deux unions différentes, nés respectivement le 10 juin 2016 et le 31 juillet 2018, à l'entretien desquels il n'établit contribuer que depuis le mois de décembre 2023 s'agissant de l'ainée et seulement depuis le mois d'aout 2023 s'agissant du cadet, ce dernier n'ayant, au surplus, plus de contacts avec lui selon ses propres déclarations faites à l'audience, aucun des moyens soulevés par le requérant n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que la demande de suspension de la décision du 26 juin 2024 présentée par M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
La juge des référés
F. Lambert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2421639