lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2421648 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | HAIK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 23 août 2024, Mme C A B, représentée par Me Haik, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de suspendre la décision de clôture d'instruction de sa demande de refus de renouvellement de titre de séjour du 9 novembre 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, de lui délivrer une carte de séjour mention vie privée et familiale, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est caractérisée par le changement de sa situation administrative ;
- l'administration ne démontre pas que des circonstances particulières s'opposeraient à la présomption d'urgence ;
- elle réside en France depuis le 11 juin 2018 ;
- son employeur l'a suspendue, or sans revenus, elle ne peut plus subvenir aux besoins de son foyer ;
- le métier d'aide-soignante relève des métiers en tension ;
Sur le doute sérieux :
- la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle a fixé le centre de ses attaches familiales sur le territoire français et elle exerce une activité dans un secteur en tension ;
- elle méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle justifie de motifs exceptionnels, constitués de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français, de son intégration professionnelle exemplaire, de l'intensité de sa vie privée et familiale en France, de son intégration dans la société française et de l'absence de menace à l'ordre public qu'elle représente ;
- pour les mêmes motifs, elle porte une atteinte excessive au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision de clôture d'instruction du 9 novembre 2023, qui se fonde sur l'impossibilité de solliciter le renouvellement de son titre de séjour sur le site de l'ANEF est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, au regard de la catégorie du titre de séjour demandé ;
- elle viole les dispositions des articles L.423-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 août 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir l'absence d'urgence à suspendre la décision attaquée et le défaut de doute sérieux quant à sa légalité.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2419768 par laquelle Mme A B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lambert pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Latour, greffière d'audience, Mme Lambert a lu son rapport et entendu les observations de Me Prestidge, pour Mme A B, qui indique que, ayant pris connaissance la veille de l'audience de la décision de clôture d'instruction du 9 novembre 2023, ses conclusions à fin de suspension sont désormais dirigées contre cette décision. Il rappelle que le dernier titre de séjour de la requérante, qui lui a été délivré en raison des violences conjugales dont elle a été victime, relève de la même catégorie que les titres de séjour mention " vie privée et familiale ", de sorte que sa demande de renouvellement de titre de séjour devait être traitée sur le site de l'ANEF.
La clôture de l'instruction a été différée au 23 aout 2024 à 16h30.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante gabonaise née le 5 août 1993, bénéficiait d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 5 octobre 2023. Elle a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour le 24 septembre 2023 sur le site de l'ANEF. Par la présente requête, elle demande, dans le dernier état de ses écritures, la suspension de la décision du 9 novembre 2023 de clôture d'instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, il est constant que A B bénéficiait d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 5 octobre 2023 dont elle a demandé le renouvellement sur le site de l'ANEF avant son expiration, le 24 septembre 2023, dans le cadre d'un changement de statut. Le 9 novembre 2023, elle a été munie d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, valable jusqu'au 8 février 2024. Le 9 novembre également, elle a été informée de la clôture d'instruction de sa demande par un message reçu sur le site de l'ANEF. La simultanéité de ces deux décisions a pu, ainsi d'ailleurs qu'elle le soutient, induire A B en erreur et explique qu'elle n'a pas, ni aux termes de sa requête introductive au fond ni aux termes de sa requête en référé, demandé la suspension de cette décision de clôture d'instruction. Cependant, Mme A B demandait aux termes de ses deux requêtes la suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour qui serait née, selon elle, le 21 janvier 2024. Or Il résulte de l'instruction que Mme A B a introduit sa requête au fond le 22 juillet 2024 et sa requête en référé le 9 aout 2024, soit plus de six mois après la naissance de cette décision. Au surplus, à supposer même que la fin de sa période d'emploi soit en lien avec sa situation administrative ainsi qu'elle le soutient, son dernier jour d'emploi remonte au 9 mars 2024, soit cinq mois avant l'introduction de sa requête en référé. Il résulte de ce qui précède que Mme A B doit être regardée comme s'étant placée elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque. Sa requête doit, par suite, être rejetée en toutes ses conclusions.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
La juge des référés
F. Lambert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2421664/1