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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421649

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421649

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421649
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 août et 9 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Saligari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devra être reconduit à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident, ou à défaut, un titre de séjour pluriannuel ou temporaire dans le délai de quinze jours à compter du présent jugement et sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente un récépissé l'autorisant à séjourner en France ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 1 de la loi du 10 juillet 1991 qui s'engage dans ce cas à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée, dès lors qu'un précédent jugement a annulé la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour, et qu'il a été enjoint au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 426-17 et L. 433-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le défaut de prise en charge de son état de santé pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelles gravité, et qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un suivi de ses pathologies ni d'un traitement adapté en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2024.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Salzmann a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 2 novembre 1967 et entré en France en 2012 selon ses déclarations, a bénéficié, en dernier lieu, d'un titre de séjour pour motifs médicaux valable jusqu'au 22 mai 2023 dont il a sollicité le renouvellement auprès du préfet de police. Sa demande a d'abord été implicitement rejetée puis explicitement par un arrêté du 4 juillet 2024 lui faisant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination. Entre temps, par un jugement n° 2400095/3-3 du 3 juillet 2024, le tribunal administratif, saisi par M. B a annulé cette décision implicite de rejet et a enjoint au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 4 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a bénéficié depuis le 17 février 2020 d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", renouvelée à plusieurs reprises et dont la dernière était valable jusqu'au 22 mai 2023, est atteint d'une psychose schizophrénique et d'un diabète de type II, compliqué d'une rétinopathie diabétique sévère pour lesquels il est régulièrement suivi en France depuis 2012 par un psychiatre et par le service d'endocrinologie, diabétologie et nutrition de l'hôpital Lariboisière. Par une décision de la maison départementale des personnes handicapées de Paris du 15 septembre 2021, M. B s'est vu reconnaître un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80%, et s'est vu attribuer une carte mobilité inclusion sans limitation de durée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du requérant se soit améliorée. Le requérant produit en particulier un certificat médical rédigé le 4 octobre 2023 par son psychiatre, qui atteste que M. B présente un tableau délirant et hallucinatoire ancien l'empêchant de subvenir à ses besoins, et que celui-ci nécessite la présence quotidienne de sa sœur pour l'assister. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment une attestation circonstanciée de sa sœur, qu'il est en situation de dépendance vis-à-vis de celle-ci, de nationalité française, chez qui il réside depuis son entrée en France en 2012 et qui l'assiste dans sa vie quotidienne au regard de son manque d'autonomie, que les deux parents du requérant sont décédés et qu'il n'a plus de famille présente en Tunisie. Dans ces conditions particulières, M. B est fondé à soutenir qu'en refusant de lui renouveler son titre de séjour, le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. L'exécution du présent jugement, compte tenu du motif de l'annulation qu'il prononce, implique en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet de police délivre à M. B, sous réserve d'un changement dans la situation de fait ou de droit du requérant, une carte de séjour temporaire portant mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à verser au conseil du requérant, Me Saligari, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 4 juillet 2024 du préfet de police est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B une carte de séjour portant mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Saligari, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Saligari renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et à Me Saligari.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

M. SalzmannL'assesseure la plus ancienne,

E. Armoët

La greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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