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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421696

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421696

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421696
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2024, M. B A, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devra être reconduit à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre aux services préfectoraux territorialement compétents, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler en France ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui s'engage dans ce cas à ne pas percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation dès lors que sa demande aurait dû être étudiée au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il dispose d'un contrat de travail et d'une rémunération équivalente au SMIC ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article

R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Salzmann,

- les observations de Me Rochiccioli, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 8 juillet 2003, entré en France en 2019 selon ses déclarations, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 janvier 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement n° 2308855 du 12 septembre 2023, le tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de l'intéressé dès lors qu'il ressortait des pièces du dossier que le préfet de police avait omis d'examiner sa demande au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 juin 2024, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité son admission au séjour le 13 janvier 2022, alors qu'il était dans sa dix-huitième année, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été rejetée par un arrêté du préfet de police en date du 8 janvier 2023, annulé par un jugement précité du tribunal administratif de Paris en date du 12 septembre 2023 pour défaut d'examen de sa situation sur le fondement des dispositions précitées. Il ressort toutefois des termes de la décision attaquée du 14 juin 2024 que le préfet de police n'a, à nouveau, pas examiné la situation de M. A sur le fondement des dispositions ayant fait l'objet de sa demande. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de M. A doit être accueilli.

3. En second et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France à l'âge de 16 ans, en 2019, et qu'il a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) à compter du 30 janvier 2020. Il s'est, depuis lors, inséré professionnellement après avoir obtenu le 9 juillet 2021 un diplôme d'installateur de réseaux de télécommunications, réalisé en apprentissage, ainsi qu'un diplôme de technicien de réseaux de télécommunications le 21 septembre 2022, dans le cadre duquel il a été embauché en tant qu'apprenti par une entreprise avant de signer avec celle-ci un contrat à durée indéterminée, à temps partiel, le 16 septembre 2022. Il signera, au demeurant, avec une autre entreprise un contrat à durée indéterminée à temps plein le 15 juillet 2024. A la date de la décision attaquée, M. A séjournait en France depuis cinq ans, dont une partie dans le cadre d'une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. Dans les circonstances particulières de l'espèce, au regard de son âge lors de son arrivée sur le territoire français, de la justification du sérieux de ses études et de son comportement, de ses efforts d'insertion dans la société française et de sa progression scolaire et professionnelle, attestée notamment par les excellents bulletins scolaires qu'il produit et les nombreux témoignages de son entourage professionnel, convergents, sur sa bonne intégration et ses qualités personnelles et professionnelles, le préfet de police de Paris, en prenant la décision de refus de titre de séjour, a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

4. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Les motifs de l'annulation de l'arrêté attaqué impliquent qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de dix jours. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à verser au conseil du requérant sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 14 juin 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de dix jours.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Rochiccioli, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Rochiccioli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police et à Me Rochiccioli.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

M. SalzmannL'assesseure la plus ancienne,

E. Armoët

La greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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