lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2421709 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 10 août et 14 août 2024, sous le numéro 2421709, Mme C B, représentée par Me Hervet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " visiteur ", l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devra être reconduite à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de délivrance de carte de séjour portant la mention " visiteur " dans un délai d'un mois à compter du présent jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris en son ensemble :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen individuel de sa situation.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation des faits au regard des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, dès lors qu'elle est entrée en France munie d'un visa de long séjour temporaire.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne fait pas état d'une étude des risques éventuels auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 août et 14 août 2024 sous le numéro 2421741, M. D A, représenté par Me Hervet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " visiteur ", l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devra être reconduit à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de délivrance de carte de séjour portant la mention " visiteur " dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris en son ensemble :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen individuel de sa situation.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation des faits au regard des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, dès lors qu'il est bien entré en France muni d'un visa long séjour temporaire.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne fait pas état d'une étude des risques éventuels auxquels il est exposé en cas de retour dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Salzmann a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante guinéenne, née le 26 juin 1957, et M. D A, ressortissant guinéen, né le 22 avril 1952, sont entrés en France le 27 août 2023 munis de visas " long séjour temporaire - dispense de carte de séjour ", valables du 21 juin 2023 au 20 décembre 2023. Le 2 novembre 2023, ils ont chacun sollicité le renouvellement d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés en date du 9 juillet 2024, le préfet de police a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel ils pourraient être éloignés à l'expiration de ce délai. Par des requêtes, enregistrées respectivement sous les numéros 2421709 et 2421741, Mme B et M. A demandent chacun l'annulation de l'arrêté le concernant.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées concernent la situation de membres d'une même famille et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. / Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Enfin, l'article L. 411-1 du même code dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : 1° Un visa de long séjour ; 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 ou L. 421-13 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d'une durée inférieure ou égale à un an () ".
4. Dès lors qu'il est constant que Mme B et M. A étaient titulaires d'un visa " long séjour temporaire - dispense de carte de séjour ", le préfet de police ne pouvait légalement, en se prévalant de l'article R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile abrogé le 16 décembre 2020, refuser de leur renouveler le titre de séjour " visiteur ". Alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne prévoit qu'un tel visa ne permet pas de prétendre à l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-20 précitées, Mme B et M. A sont fondés à soutenir que les décisions portant refus de titre de séjour sont entachées d'une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les décisions de refus de séjour opposées à Mme B et M. A doivent être annulées, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement le réexamen des demandes présentées par Mme B et M. A tendant au renouvellement d'un titre de séjour mention " visiteur ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer pendant ce réexamen à Mme B et M. A une autorisation provisoire de séjour dans le délai de dix jours, sans qu'il soit besoin d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 500 euros à verser respectivement à Mme B et M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet de police du 9 juillet 2024 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen des demandes de titre de séjour formulées par Mme B et M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de les munir d'autorisations provisoires de séjour dans un délai de dix jours.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B ainsi qu'à M. A une somme de 500 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme C B, à M. D A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
La présidente-rapporteure,
M. SalzmannL'assesseure la plus ancienne,
E. Armoët
La greffière,
P. Tardy-Panit
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 ; 2421741
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026