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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421713

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421713

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421713
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantSARACINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement n° 2421713/8 du 23 août 2024, la magistrate déléguée du tribunal administratif de Paris, statuant sur la requête présentée le 9 août 2024 par M. A B, a rejeté les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police du 12 juillet 2024 en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, et a renvoyé à une formation collégiale du tribunal compétent les autres conclusions de cette requête tenant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire et à l'annulation du refus de renouvellement du titre de séjour.

Par cette requête, M. A B soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté est entaché d'une inexactitude matérielle des faits dès lors que l'arrêté mentionne à tort que l'avis de la commission du titre de séjour est défavorable ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît son droit à être entendu ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Topin.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien, né le 24 juillet 1986, est entré en France en 2007 selon ses déclarations, a sollicité le 31 mai 2022 le renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 12 juillet 2024, dont l'intéressé a demandé l'annulation, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de cinq ans. Par un jugement n° 2421713/8 du 23 août 2024, la magistrate déléguée du tribunal administratif de Paris a rejeté les conclusions à fin d'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait formulé une demande d'aide juridictionnelle dans les délais prescrits. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00924 du 8 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. C D, administrateur de l'Etat hors classe, sous-directeur du séjour et de l'accès à la nationalité, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne en particulier l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre à son encontre la décision litigieuse, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen. M. B n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait entaché son arrêté d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

6. En quatrième lieu, d'une part, contrairement à ce qu'affirme le requérant, le préfet de police n'a pas indiqué, dans l'arrêté en litige, que la commission du titre de séjour se serait prononcée, le 15 mai 2024, par un avis défavorable sur sa situation. D'autre part, aucune disposition légale ou règlementaire n'oblige le préfet à tenir compte de l'avis de la commission du titre de séjour, laquelle rend un avis simple. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une inexactitude matérielle.

7. En sixième lieu, Si M. B soutient que le préfet de police a méconnu son droit à être entendu, il n'établit pas, ni même n'allègue qu'il aurait vainement sollicité un entretien avec les services préfectoraux ou aurait été empêché, lors du dépôt et au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour, de faire valoir, auprès de l'administration, tous éléments jugés utiles à la compréhension de sa situation personnelle ou bien qu'il aurait disposé d'éléments qui, s'ils avaient été portés à la connaissance du préfet de police, auraient pu le conduire à prendre une décision différente. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

8. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré en France en 2007 selon ses déclarations, il ne produit pas de documents permettant de l'établir. Il déclare être en concubinage et père de deux enfants. Il n'apporte pas de documents qui permettent d'établir la communauté de vie avec la mère des enfants ou d'attester de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Il ne justifie par ailleurs pas d'une insertion dans la société française alors qu'il a été condamné à plusieurs reprises, le 28 mai 2008 par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne à deux mois d'emprisonnement pour port prohibé d'arme de catégorie 6, le 23 juillet 2009 par le tribunal correctionnel de Paris à 500 euros d'amende et confiscation d'arme pour port prohibé d'arme de catégorie 6, le 10 juin 2021 par le tribunal correctionnel de Versailles à 4 mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis, le 6 septembre 2021 par le tribunal judiciaire de Bobigny à 500 euros d'amende pour rébellion et le 6 janvier 2022, par le tribunal judiciaire de Paris à 600 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis de la défense de l'ordre et de la prévention des infractions pénales. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas, pour les mêmes motifs, entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

11. En l'absence d'éléments justifiant la contribution effective de M. B à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, à l'exception d'une attestation peu circonstanciée de voisins, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les autres conclusions de la requête de M. B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente-rapporteure,

- Mme Marik-Descoings, première conseillère,

- Mme Perrin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin

L'assesseure la plus ancienne,

N. Marik-DescoingsLa greffière,

L. Poulain

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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