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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421732

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421732

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421732
TypeOrdonnance
Avocat requérantDAVID

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé, a examiné la demande de suspension du refus implicite opposé par le préfet de police à la demande de titre de séjour de Mme A, ressortissante malienne, en qualité de parent d’enfant réfugié. La requérante invoquait l’urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l’article L. 423-4 3° du CESEDA et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le juge a prononcé son admission provisoire à l’aide juridictionnelle. La solution retenue par le tribunal n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais la procédure s’inscrit dans le cadre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, Mme A, représentée par Me David, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour, présentée en qualité de parent d'une enfant reconnu réfugiée et envoyée en dernier lieu, après avoir accompli différentes démarches auprès du kiosque d'accueil, par courriel à la préfecture le 6 juin 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de prendre une nouvelle décision sur la demande de titre de titre qu'elle a présentée sur le fondement de l'article L 424-3 4° du CESEDA, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 1 000 euros par mois de retard et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 € HT soit 2400 € TTC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et d'ordonner leur versement à Me David, conseil de la requérante, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- le refus implicite de délivrance du titre sollicité qui lui a été opposé porte une atteinte grave et immédiate à sa situation et à ses intérêts ;

- elle a été titulaire antérieurement de titres de séjour, elle se trouve à présent en situation irrégulière et précaire financièrement, n'a pas accès à la protection sociale et ne peut travailler ;

Sur l'existence d'un moyen permettant d'avoir un doute sérieux sur la légalité de la décision :

- la décision n'a pas été prise par une personne qui avait compétence pour ce faire ;

- la décision n'est pas motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- le refus qui lui est opposé méconnait les dispositions de l'article L. 423-4 3° du code

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 août 2024 sous le numéro 2421734 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Véronique Hermann Jager pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante malienne, née le 11 octobre 1991 est entrée en France en 2014, selon ses déclarations. Elle a été mise en possession de titres de séjours pour étranger malade. Elle a donné naissance à deux enfants nés d'une première union dont sa fille B C, né le17 mars 2019, puis un troisième enfant, d'une seconde union. Sa fille, B C a été reconnue réfugiée le 29 novembre 2023 par une décision de l'OFPRA. Mme A a alors tenté de déposer un titre de séjour pour parent d'enfant réfugié sur le site internet de l'ANEF, mais s'est heurtée à l'impossibilité de faire enregistrer sa demande, son précédent titre de séjour étant expiré et n'ayant pas été renouvelé dans les délais prescrits. Ses courriers recommandés et courriels envoyés à la préfecture n'ont pas permis de débloquer sa situation. Elle a été convoquée auprès du kiosque numérique le 24 mai 2024 sans que cette démarche n'aboutisse. Elle a en conséquence envoyé un nouveau courriel aux services de la préfecture le 6 juin 2024, resté sans réponse depuis plus de deux mois. Cette absence de réponse sur sa demande de titre constitue une décision implicite de refus de délivrance titre de séjour qu'elle demande au juge des référés de suspendre.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission à titre provisoire de

Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du code précité : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

4. D'une part, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. D'autre part, l'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement et tenir compte du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence. Il en est notamment ainsi lorsque la situation d'urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la décision à laquelle le juge statue.

5. Pour justifier de l'urgence de sa situation et des intérêts qu'elle entend défendre,

Mme A qui a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour, en qualité de parent d'une enfant reconnue réfugiée, soutient que le refus implicite de délivrance du titre sollicité, né, selon elle, le 6 août 2024, qui lui a été opposé par le silence gardé sur sa demande la place en situation irrégulière et qu'elle ne peut pas travailler. Toutefois, outre qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une décision implicite de rejet de sa demande de titre est effectivement intervenue à la date alléguée, la requérante n'établit pas qu'antérieurement au dépôt de sa demande de titre en qualité de parent d'enfant reconnu réfugié, déposée en juin 2024, elle se trouvait en situation régulière en France, l'intéressée se bornant à indiquer qu'elle avait antérieurement été en possession de titres de séjour en qualité d'étranger malade, sans autre précision. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que Mme A se trouverait privée d'emploi et de ressources en l'absence de possession d'un titre de séjour ou du récépissé l'autorisant à travailler. Dès lors qu'il appartient à l'intéressée d'apporter au soutien de ses dires les éléments permettant d'apprécier concrètement l'urgence de sa situation et que Mme A ne démontre pas l'urgence dont elle se prévaut, l'une des conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie et il y a lieu, en conséquence, de rejeter l'ensemble de ses conclusions en application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A et à Me David.

Copie sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 19 août 2024.

La juge des référés,

V. Hermann Jager

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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