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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421762

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421762

mercredi 21 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421762
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé, a été saisi par M. A, ressortissant ukrainien, pour suspendre le refus de renouvellement de son titre de séjour pris par le préfet de police le 21 juin 2024. Le juge a constaté que la condition d'urgence était présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, et que plusieurs moyens soulevés, notamment l'erreur de droit concernant l'application des articles L. 432-1 et L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étaient de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, la suspension de l'exécution de la décision attaquée a été ordonnée, avec injonction au préfet de réexaminer la situation et de délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2024, M. B A, représenté par Me Lejeune, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail jusqu'à l'intervention du jugement au fond, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- il bénéficie de la présomption d'urgence car il réside en France depuis l'année 2014 sous couvert d'une carte de séjour dont le renouvellement vient de lui être refusé par le préfet de police ;

- la situation dans laquelle il se trouve le prive de la possibilité d'exercer un emploi et le place dans une situation de grande précarité ;

Sur le doute sérieux :

- la décision est entachée du vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle se fonde à tort sur l'article L.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne prévoit pas le cas du renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car aucune de ses condamnations n'est fondée sur les articles 321-6-1 et 311-4-7° du code pénal ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée ;

- elle méconnait l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il est entré en France avant l'âge de 13 ans ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales.

Le préfet de police a communiqué une pièce le 19 août 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2421759 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambert pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 20 août 2024 en présence de Mme Tardy-Panit, greffière d'audience, Mme Lambert a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Lejeune, pour M. A, qui soutient les mêmes moyens que ceux développés dans sa requête. Elle indique, s'agissant de la condition d'urgence, que l'agence d'intérim refuse de continuer à embaucher M. A en l'absence d'un titre de séjour. Elle souligne, s'agissant de la menace à l'ordre public, que les condamnations sont anciennes, de gravité limitée, qu'une seule est postérieure à la délivrance du dernier titre de séjour, et que M. A, qui travaille, démontre sa volonté de sortir de l'engrenage délictueux ;

- les observations de Me Zerad, pour le préfet de police, qui soutient au contraire que les faits reprochés à M. A sont graves, souligne que la loi a changé, et rappelle que l'avis de la commission du titre de séjour n'est que consultatif.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ukrainien, né le 11 septembre 1996, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 22 février 2023. Par la présente requête, il demande la suspension de l'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. A demande la suspension de l'exécution de la décision refusant de renouveler son titre de séjour. Ainsi, l'urgence doit être présumée. Le préfet de police, qui était représenté à l'audience, n'a fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption. La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Il résulte de l'instruction que M. A est entré en France en 2005, alors âgé de huit ans, qu'il a été muni, à partir de sa majorité, de cartes de séjour temporaires successives mention " vie privée et familiale " et, en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 10 février 2023. M. A établit qu'il a effectué toute sa scolarité en France depuis la classe de CM1, jusqu'à l'obtention de son bac professionnel en juillet 2014. Par ailleurs, ses parents sont titulaires d'une carte de résident et sa sœur est de nationalité française. Par suite, eu égard à l'ancienneté du séjour de M. A et à ses attaches familiales sur le territoire français, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, la présente décision implique nécessairement que le préfet de police, ou tout autre préfet territorialement compétent, réexamine la situation de M. A dans un délai de deux mois et lui délivre sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable durant la durée de ce réexamen. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande d'annulation de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de la demande de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris le 21 août 2024

La juge des référés

F. Lambert

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°242176

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