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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421885

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421885

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421885
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l’exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B, ressortissant camerounais. Le juge a estimé qu’aucun des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l’incompétence, du défaut de motivation, de l’erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L.412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ou de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, n’était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La condition d’urgence n’a pas été examinée, faute de moyen sérieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 août 2024, M. A B, représentée par Me Chrétien, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui renouveler son titre de séjour ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet compétent de le convoquer pour réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours avec une astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente du réexamen, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le non renouvellement de son titre de séjour, alors qu'il bénéficie de titres de séjour depuis l'année 2014, est de nature à lui seul, à établir l'urgence ;

- la décision attaquée est entachée du vice d'incompétence ;

- elle est entachée de vices de procédure tirés de la consultation sans base légale de fichiers comportant des données à caractère personnel, de l'incompétence de l'agent ayant procédé à la consultation du TAJ, de l'absence d'autorisation et de demande d'information du Parquet, en méconnaissance des dispositions de l'article R.40-29 du code de procédure pénale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen complet et actualisé de sa situation ;

- la commission du titre de séjour a émis un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.412-5 du cde de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que seules deux condamnations lui sont reprochées, datant de 2019 et 2021, relatives à des atteintes aux biens et dont la gravité est à relativiser ;

- elle méconnait les articles L.423-7, L.433-4 et L.411-4 10° du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile car il répond à l'ensemble des conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle au regard de sa présence stable et continue sur le territoire français depuis 2008, de la présence en France de sa fille mineure, à l'entretien et à l'éducation de laquelle il contribue depuis sa naissance et à son insertion professionnelle dans le secteur du BTP.

Le préfet de police a produit des pièces le 20 août 2024.

M. B a produit des pièces complémentaires le 21 août 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2421884 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambert pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Latour, greffière d'audience, Mme Lambert a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Chrétien, pour M. B, qui soutient les mêmes moyens que ceux développés dans sa requête et qui précise ses conclusions accessoires en demandant qu'il soit enjoint au préfet compétent de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- M. B, qui fait valoir qu'il paye ses amendes, n'a jamais été violent et que cette situation l'empêche de démarrer son entreprise ;

- Me Floret, pour le préfet de police, qui fait valoir l'absence de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Elle indique que les signalements de M. B ressortent de la consultation du fichier TAJ et que l'absence d'habilitation de l'agent ayant procédé à la consultation du fichier ne fait pas grief. Elle précise que la consultation du fichier est nécessairement autorisée par le Parquet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 3 septembre 1983, qui bénéficiait d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'un enfant français, valable jusqu'au 8 septembre 2022, s'est vu refuser, par une décision du 21 juin 2024 du préfet de police, le renouvellement de son titre de séjour. Par la présente requête, M. B demande la suspension de l'exécution de la décision de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens soulevés par le requérant n'est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, alors que, d'une part, si M. B est le père d'une enfant française née en 2013 et qu'il a obtenu des titres de séjour en cette qualité depuis l'année 2014, il n'établit contribuer à son entretien que depuis le mois de décembre 2021 bien qu'il ait indiqué à l'audience être séparé de la mère de l'enfant depuis l'année 2018 et alors que, d'autre part, le préfet de police oppose au requérant la menace à l'ordre public, se fondant sur deux condamnations, dont l'une à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis prononcée le 8 juin 2021 pour des faits d'escroquerie et de recel provenant d'un vol commis le 27 janvier 2021 et sur les cinq signalements de M. B au TAJ pour des faits de recel de biens provenant de vol et de fraude documentaire, commis entre le 28 mai 2019 et le 16 février 2021, dont l'intéressé ne conteste pas la matérialité.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que la demande de suspension de la décision du 21 juin 2024 présentée par M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 23 août 2024.

La juge des référés

F. Lambert

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2421885

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