jeudi 29 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2422242 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 août 2024, M. B A, représenté par Me Philouze, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dès la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer le temps de cet examen une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'État.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il travaille depuis novembre 2023 en qualité d'agent d'entretien au sein d'une piscine et a été affecté pendant la période des jeux Olympiques et Paralympiques sur le site du Village Olympique comme " runner " et qu'en raison de l'expiration de son récépissé son employeur a suspendu son contrat de travail il y a treize jours ce qui ne lui permet plus de subvenir à ses besoins et place son entreprise en grande difficulté ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour dès lors que celle-ci est entachée d'incompétence, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle, qu'elle méconnaît l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, qu'elle est entachée d'inexactitudes matérielles des faits qui ont eu une incidence sur la décision dès lors que la commission du titre de séjour a émis un avis favorable, et non défavorable, et qu'il a déposé une demande de carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français, et non une demande de renouvellement, qu'elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle viole le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et qu'elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que celle-ci est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, qu'elle est entachée d'erreur de droit dans la mesure où le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée et n'a pas procédé à un examen particulier de la situation pour l'édicter, qu'elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle viole le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et qu'elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de délai de départ dès lors que celle-ci est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée pour l'édicter ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision fixant son pays de destination dès lors que celle-ci est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qu'elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans dès lors que celle-ci est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où elle méconnaît son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux des droits de l'Union européenne, qu'elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et qu'elle viole le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, et interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans dès lors qu'elles sont dépourvues d'objet dans la mesure où l'exécution de ces décisions a déjà été suspendue par le recours en annulation introduit sur le fondement des articles L. 614-6 et L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dès lors que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission au système d'information Schengen en application de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que cette information, qui ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour, n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir et d'une procédure de référé suspension.
Vu
- les autres pièces du dossier,
- la requête n° 2421141 enregistrée le 3 août 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Delesalle comme juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;
- les observations de Me Philouze, avocate de M. A, qui se désiste de ses conclusions à fin de suspension autres que celles tendant à la suspension de l'exécution de la décision de refus de titre de séjour prise dans l'arrêté du 12 juillet 2024, par les mêmes moyens en soutenant, en outre, que le préfet de police a commis une erreur d'appréciation en retenant l'existence d'une menace pour l'ordre public dès lors qu'il produit seulement son bulletin n° 2 extrait de son casier judiciaire mentionnant sa condamnation par le tribunal correctionnel de Paris à une amende de 500 euros pour des faits d'agression sexuelle commis le 27 juin 2014, et que ces faits sont anciens et isolés, qu'aucun des autres faits n'est établi, le préfet de police ne faisant état d'aucune condamnation et ne produisant même pas un extrait du fichier du traitement des antécédents judiciaires, et qu'il a bénéficié d'une accréditation pour les jeux Olympiques après vérification de ses antécédents judiciaires et précise, au titre de l'urgence, qu'il effectue des missions temporaires régulièrement renouvelées qui ont pris fin en raison de l'intervention du refus de titre de séjour, et, au titre du doute sérieux, qu'il établit contribuer à l'entretien de ses enfants ;
- les observations de Me Floret, avocate du préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en soutenant, d'une part, que la condition d'urgence n'est pas remplie et, d'autre part, qu'aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour attaquée dès lors que les inexactitudes matérielles relevées par le requérant constituent des erreurs de plume demeurées sans incidence et que la menace à l'ordre public est avérée du fait des faits ayant donné lieu à une condamnation et des autres faits quand bien même ils n'y ont pas donné lieu.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 22 août 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 13 septembre 1988 et entré le 23 mars 2011, en France où il réside depuis selon ses déclarations, a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français de 2014 à 2019. Il a sollicité le renouvellement de sa dernière carte de séjour temporaire, valable du 9 août 2018 au 8 août 2019, lequel lui a été refusé. Le 28 avril 2022, il a déposé une nouvelle demande de titre de séjour en cette même qualité qui a été rejetée par un arrêté du 12 juillet 2024 du préfet de police qui, également, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Par la présente requête, M. A sollicite du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de sa demande, la suspension de l'exécution de cet arrêté en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Il résulte de l'instruction que M. A était régulièrement employé depuis le mois de novembre 2023 par la société " Villette Emploi AI " dans le cadre de contrats de mission temporaire régulièrement renouvelés pour exercer des fonctions d'agent d'entretien au sein d'une piscine, et avait été affecté pendant la période des jeux Olympiques et Paralympiques, sur le site du Village Olympique comme " runner ". Toutefois, compte-tenu de l'expiration de son dernier récépissé l'autorisant à travailler le 6 août 2024, son employeur a mis fin à ses contrats à compter de cette date ainsi que cela résulte de l'attestation établie par la société. Dans ces conditions, et compte tenu de l'impossibilité de bénéficier d'un nouveau récépissé et de toute nouvelle autorisation de travail à raison du refus de titre de séjour attaqué, le requérant doit être regardé, en l'espèce, comme justifiant que celui-ci préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation et, ainsi, de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Il s'ensuit que la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
6. Le moyen invoqué par M. A tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de police en retenant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
7. Il résulte des points 5 et 6 qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 12 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de sept jours à compter de cette même date, sans qu'il soit besoin d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Philouze d'une somme au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 12 juillet 2024 du préfet de police est suspendue en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour de M. A.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de sept jours à compter de cette même date.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Philouze et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 29 août 2024
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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