mercredi 28 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2422295 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 août 2024, Mme A B, représentée par Me Weinberg, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 27 juin 2024 portant refus de renouvellement de droit au séjour du préfet de police, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de cinq jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est présumée s'agissant du renouvellement d'un titre de séjour et, en l'espèce, elle est caractérisée dès lors qu'elle ne pourra pas plus embauchée par son employeur habituel ou jouir de sa liberté d'aller et venir ;
- en ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande et complet de sa situation et est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 août 2024 sous le numéro 2421807 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bailly, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Tardy-Panit, greffière d'audience, Mme Bailly a lu son rapport et entendu :
- Me Milly, substituant Me Weinberg pour Mme B ;
- Me Zerad pour le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante canadienne née le 9 octobre 1993, est entrée en France en janvier 2022 sous couvert d'un visa " vacances / travail " valable de janvier à août 2022, puis elle s'est vue délivrer une autorisation provisoire de séjour " programme vacances / travail ", valable du mois d'août 2022 au mois d'août 2023, l'autorisant à exercer une activité professionnelle. Elle a poursuivi des études en France, obtenant au titre de l'année universitaire 2022/2023 un master 1 " Patrimoine et musées " délivré par l'Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, avec mention Bien et une moyenne de 15,5/20 puis au titre de l'année universitaire 2023/2024 un master 2 " Histoire du patrimoine et des musées, délivré par la même université, avec mention Très bien. En parallèle de ses études, Mme B a toujours travaillé pour divers musées parisiens et s'est pacsée le 2 mai 2023 avec un ressortissant français, ce qui l'a conduite à solliciter, en juin 2023, un changement de statut et à demander la délivrance d'une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou une carte de séjour mention " salarié ". Elle s'est vue délivrer successivement plusieurs récépissés, valables jusqu'au 4 août 2024. Par un arrêté du 27 juin 2024, le préfet de police a cependant rejeté cette demande et a fait obligation à l'intéressée de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Mme B, qui était titulaire d'une autorisation provisoire de séjour " programme vacances / travail " valable un an, et a sollicité un renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut, peut se prévaloir d'une présomption d'urgence et le préfet de police ne fait état d'aucune circonstance qui y ferait obstacle. Ainsi, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à faire naître un doute sérieux :
5. Les moyens tirés de ce que le préfet de police a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier et d'une erreur manifeste d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. Il y a lieu, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée portant refus de renouvellement de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Compte tenu des motifs énoncés ci-dessus, Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à Mme B la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de police rejetant la demande renouvellement de titre de séjour de Mme B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le préfet de police versera à Mme B une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 28 août 2024
La juge des référés,
P. Bailly
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.