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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2422373

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422373

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2422373
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 19 août 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. A, enregistrée le 14 août 2024.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistré 28 août 2024, M. A, représenté par Me Sidibe, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit de de retourner sur le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. A soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

La décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'existe aucun risque qu'il se soustrait à son obligation de quitter le territoire français ;

La décision fixant le pays de destination :

- est contraire à l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

La décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- méconnaît l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

2 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Claux a été entendu au cours de l'audience publique ,

1. M. D A, ressortissant ivoirien, né le 26 septembre 1987, à Sinfra, a fait l'objet d'un arrêté du 12 août 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F C, cheffe de la section éloignement à la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin du préfet de ce département, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E B, directeur des migrations et de l'intégration, consentie par un arrêté n° 24-045 du 23 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " () " ; aux termes de l'article de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité".

4. M. A soutient que le préfet du Val d'Oise a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il disposait d'un rendez-vous en préfecture pour déposer une demande de titre de séjour. Toutefois la seule circonstance que l'intéressé ait été convoqué, par un courrier du 20 juin 2024, à un rendez-vous, prévu le 4 octobre 2024, pour déposer auprès de la préfecture de police une demande d'admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut, ne faisait pas obstacle à ce qu'il fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfants du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'audition de l'intéressé devant les services de police du 12 août 2024, que M. A vit avec son épouse et leur fils, né en France le

3 avril 2019. Toutefois, le requérant ne justifie pas que son épouse, dont il indique qu'elle est également de nationalité ivoirienne, résiderait en situation régulière sur le territoire français et aurait vocation à demeurer en France avec son fils, ni que la scolarité de celui-ci ne pourrait se poursuivre en Côte d'Ivoire. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait pour effet de priver l'enfant de la présence de son père ou de sa mère et que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer hors de France, notamment dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour dans sa version applicable au litige : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5".

8. Pour refuser un délai de départ volontaire à M. A, le préfet du Val d'Oise s'est notamment fondé sur la circonstance que l'intéressé ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il ne dispose pas de document d'identité ou de voyage en cours de validité. L'intéressé n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette appréciation. Par suite, le préfet de police n'a pas méconnu les dispositions du 8° de l'article

L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'il existait un risque de fuite justifiant qu'aucun délai de départ volontaire ne soit accordé à M. A.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel il sera éloigné méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux examinés au point 6.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

11. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article

L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. Si M. A fait valoir que son fils de cinq ans réside en France, cette circonstance ne saurait constituer une circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une mesure d'interdiction de retour, dès lors que, comme il a été dit au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse résiderait en situation régulière sur le territoire français et aurait vocation à demeurer en France avec son fils. Et si M. A soutient également, qu'il a obtenu un rendez-vous en préfecture le 4 octobre 2024 pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour, cette circonstance ne peut également être regardée comme constituant une circonstance humanitaire de nature à justifier que le préfet s'abstienne de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écartée.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du

Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente,

- M. Claux, premier conseiller,

- Mme Portes, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

Le rapporteur,

JB. CLAUX

La présidente,

V. HERMANN JAGER La greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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