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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2422381

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422381

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2422381
TypeDécision
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 22 août 2024, Mme A B, représentée par Me de Sèze, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a cessé de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile de janvier 2024 au 20 juin 2024 et de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 juin 2024 portant cessation à compter de cette date des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à compter de leur cessation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors qu'elle est dépourvue de ressources pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses quatre enfants mineurs et qu'elle se trouve dans une situation de totale précarité, puisque la décision du 21 juin 2024 l'oblige à quitter son hébergement ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité des décisions de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; en effet, la décision implicite méconnaît les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et la décision du 21 juin 2024 est insuffisamment motivée, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, a été prise selon une procédure irrégulière en l'absence d'une prise en compte de sa vulnérabilité, de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité et d'information sur la possibilité de bénéficier d'un examen de santé, est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile en ce que le questionnaire qui lui est annexé et dont il a été fait usage à son égard ne permet en aucune façon d'apprécier cette vulnérabilité, méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des manquements reprochés et " dans la modulation du degré de cessation ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le dossier de la requête au fond enregistrée le 21 août 2024 sous le n° 2422380 par laquelle Mme B demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fouassier pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 29 août 2024, en présence de Mme Doucet, greffière d'audience :

- le rapport de M. Fouassier,

- et les observations de Me de Séze, représentant Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par Mme B, a été enregistrée le 3 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne, née le 13 mars 1986, s'est vu délivrer par la préfecture des Yvelines une attestation de demande d'asile en procédure dite " Dublin " le 8 décembre 2023. Par un arrêté en date du 15 janvier 2024, le préfet de police a décidé le transfert de Mme B aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Mme B s'est vu notifier le 19 mars 2024 une convocation pour se présenter à l'aéroport Roissy Charles De Gaulle pour son transfert en Espagne le 20 mars 2024. Mme B ne s'est pas présentée au rendez-vous à l'aéroport. Par une décision du 21 juin 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de demandeur d'asile qu'elle avait acceptées en décembre 2023 au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Mme B demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a cessé de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile de janvier 2024 au 20 juin 2024 et de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 juin 2024 portant cessation à compter de cette date des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

S'agissant de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a cessé de verser l'allocation pour demandeur d'asile de janvier 2024 au 20 juin 2024 :

5. Si Mme B demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a cessé de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile de janvier 2024 au 20 juin 2024, dont l'existence n'est pas contestée en défense, elle n'apporte aucun élément permettant de caractériser, concernant cette décision, une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite contestée, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cette décision doivent, en tout état de cause, être rejetées.

S'agissant de la décision du 21 juin 2024 :

7. En premier lieu, il n'est pas sérieusement contesté que Mme B est dépourvue de ressources et qu'elle n'a pu se maintenir dans son hébergement actuel avec ses quatre enfants malgré la mention figurant sur la décision attaquée lui demandant de quitter son lieu d'hébergement, que parce que la structure qui l'accueille a accepté d'attendre que le tribunal statue sur sa requête en référé. La décision ordonnant la cessation des conditions matérielles d'accueil la place ainsi dans une situation de grande précarité. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes des dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est mère isolée de quatre enfants âgés de 12 ans, 11 ans, 8 ans et 3 ans, et qu'elle a subi des mutilations sexuelles féminines. Il n'est pas utilement contesté que la famille ne dispose d'aucune autre possibilité d'hébergement. Par suite, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de la situation de vulnérabilité de Mme B, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 21 juin 2024.

10. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative sont réunies. Il y a donc lieu de suspendre la décision du 21 juin 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait Mme B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

12. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir provisoirement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont la requérante a été privée par l'effet de la décision du 21 juin 2024, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que Mme B est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me de Séze, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me de Séze de la somme de 1 100 euros.

O R D O N N E

Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 juin 2024 portant cessation à compter de cette date des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile dont bénéficiait Mme B est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir provisoirement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont Mme B a été privée par l'effet de la décision attaquée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me de Séze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me de Séze la somme de 1 100 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me de Séze et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Paris le 4 septembre 2024.

Le juge des référés,

C. FOUASSIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2422381/

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