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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2422470

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422470

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2422470
TypeDécision
Avocat requérantLAPEYRERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2024, M. A, représenté par Me Lapeyrere, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 22 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a décidé de l'expulser du territoire français, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des articles L. 911-1 (sic) et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car il serait placé dans une situation de détresse morale et matérielle s'il était expulsé en Algérie, pays qu'il ne connaît pas et dont il ne parle pas la langue ;

- le préfet de police n'était pas compétent pour prendre l'arrêté attaqué car il réside depuis plus de vingt ans en France, où il est arrivé avant l'âge de treize ans et son expulsion relève ainsi des articles L. 631-2-3° et L. 631-3-1° du CESEDA qui donnent compétence au ministre de l'intérieur ;

- le préfet a entaché son arrêté d'expulsion d'erreur d'appréciation en se fondant sur un avis erroné de la commission d'expulsion qui a retenu l'irrégularité de sa situation en France, en effet, il était titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour depuis le 24 mai 2024 venant à expiration le 25 juillet 2024 et il justifie avoir demandé le renouvellement de ce récépissé le 1er juillet 2024 ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale car il vit en France depuis l'âge d'un mois, ses quatre sœurs sont de nationalité française et il n'a aucune attache en Algérie, cet arrêté méconnaît ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les articles 7 bis e) et f) de l'accord franco algérien car, vivant en France depuis plus de dix ans, il devrait bénéficier d'un certificat ou d'une carte de résidence valable dix ans ;

- ayant commis des infractions antérieurement à l'entrée en vigueur de la loi nouvelle n°2024-42 du 26 janvier 2024 ayant modifié l'article L. 631-2 (sic) du CESEDA, la loi nouvelle, qui prévoit une dérogation à l'interdiction d'expulsion pour l'étranger ayant commis des faits à l'encontre de son conjoint, ne s'applique pas sauf à méconnaître le principe de non rétroactivité de la loi prévu par l'article 2 du code civil, l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 août 2024 sous le n°2422465 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Seulin pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Trieste, greffier d'audience, Mme Seulin a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Lapeyrère, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

2. Aux termes de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportement de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, dont la violation délibérée et d'une particulière gravité des principes de la République énoncés à l'article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1°à 5° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-1 ou L. 631-2 lorsque les faits à l'origine de la décision d'expulsion ont été commis à l'encontre de son conjoint, d'un ascendant ou de ses enfants ou de tout enfant sur lequel il exerce l'autorité parentale ". L'article L. 631-2 du même code dispose : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire pluriannuelle portant la mention " étudiant ; () ".

3. Aux termes de l'article R*632-2 du CESEDA : " L'autorité compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application des articles L. 631-2 et L. 631-3 est le ministre de l'intérieur ".

4. Il ressort des pièces soumises au juge des référés que M. C A, ressortissant algérien, est entré en France à l'âge d'un mois, en août 1984 et qu'il vit habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. M. A entre ainsi dans le champ d'application de l'article L. 631-3 du CESEDA et, la décision d'expulsion étant aussi fondée sur des faits commis à l'encontre de son conjoint, il est aussi susceptible d'entrer dans le champ d'application de l'article L. 631-2 du même code dès lors qu'il justifie résider régulièrement en France depuis plus de dix ans par les titres de séjour, le récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 25 juillet 2024 et la confirmation de la demande de renouvellement de ce récépissé, qu'il verse à l'instance. Il suit de là qu'en l'état de l'instruction et alors que le préfet de police n'a pas produit de mémoire en défense, le moyen tiré de ce que l'arrêté d'expulsion du 22 juillet 2024 a été pris par une autorité incompétente apparaît de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté. Il y a donc lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 juillet 2024 portant expulsion du territoire français de M. A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu de faire droit à la demande d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de police du 22 juillet 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au préfet de police.

Fait à Paris, le 4 septembre 2024.

La juge des référés,

A. Seulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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