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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2422503

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422503

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2422503
TypeDécision
Avocat requérantMAZURU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2024, M. A D, représenté par Me Christin, demande au juge des référés du tribunal :

1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de la compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), la société SOGEA Ile-de-France, la SMA SA, afin de chiffrer ses préjudices consécutivement à la chute qu'il a faite le 20 septembre 2018 vers 18h05 sur le trottoir de la rue de la Parcheminerie dans le 5ème arrondissement de Paris.

Il soutient que la conduite d'une expertise est utile dans la perspective d'une action en responsabilité en raison des douleurs qu'il a subies et de la perte de son emploi.

Par un mémoire, enregistré le 13 septembre 2024, la société SOGEA Ile-de-France, représentée par Me Mazuru, conclut au rejet de la requête et demande de mettre les dépens à la charge de M. D.

Elle soutient que la chute est survenue en plein jour et que M. D en qualité d'usager de la voie publique était tenu à une obligation de prudence dans une zone de chantier.

Par deux mémoires, enregistré le 16 et le 27 septembre 2024, la CPCU, représentée par Me Beaumont, conclut à titre principal au rejet de la demande et, à titre subsidiaire, informe le juge des référés de ses protestations et réserves d'usage, demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. D n'a pas déclaré sa créance aux organismes sociaux ;

- aucune preuve de la matérialité des faits qui se sont déroulés il y a cinq ans, n'est rapportée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / () ".

2. M. D, né le 21 octobre 1960, fait valoir qu'il a chuté le 18 septembre 2018, sur le trottoir rue de la Parcheminerie à Paris, alors qu'il marchait en direction de l'entreprise Ginkgo afin de signer un contrat de travail, en trébuchant sur du matériel de chantier. Soutenant qu'il a été en arrêt jusqu'au 3 novembre 2019 et qu'il n'a pu signer son contrat de travail, M. D demande la désignation d'un expert judiciaire afin de chiffrer ses préjudices.

3. La demande d'expertise présentée par M. D entre dans le champ d'application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise présentée par M. D et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. Il appartiendra à l'expert de solliciter, s'il l'estime nécessaire, la communication du relevé détaillé des débours et frais médicaux en lien avec la prise en charge du requérant. A ce stade de la procédure, une telle mesure ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle qu'elle est fixée par la présente ordonnance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par CPCU, tirée de ce que, faute de la preuve de la déclaration de sa créance aux organismes sociaux par M. D, la requête est irrecevable, doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : M. C B (chirurgie orthopédique), exerçant au Centre hospitalier Léon Binet, BP 12 à Provins (77488), est désigné en qualité d'expert.

Il aura pour mission, en présence de M. A D, de la CPCU, de la société SOGEA Ile-de-France et de la SMA SA, de :

1°) prendre connaissance du dossier médical de M. D lié à sa chute, et de tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D ainsi qu'à son examen clinique ; entendre les doléances de

M. D ;

2°) évaluer les postes de préjudices sur la nomenclature Dinthilac ;

a) dire si l'état de M. D est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressé en fixant notamment la période d'incapacité temporaire et le taux de celle-ci, ainsi que le taux d'incapacité permanente partielle ; si son état de santé n'est pas consolidé proposer le cas échéant une nouvelle date d'expertise ;

b) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état M. D en lien avec les faits en litige ; préciser, dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;

c) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à M. D en raison du dommage litigieux, pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

d) déterminer l'incidence professionnelle ainsi que les autres dépenses liées au dommage corporel ;

e) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

f) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel ;

3°) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par M. D à raison des faits en litige.

Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : A la demande du tribunal ou à son initiative, l'expert pourra, avec l'accord des parties, conduire une médiation dans les conditions prévues à l'article R. 621-1 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal, au plus tard le 16 juin 2025, sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges prévue à cet effet, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 8 de la présente ordonnance, dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, de la compagnie parisienne de chauffage urbain, de la société SOGEA Ile-de-France, de la SMA SA et à M. C B, expert.

Fait à Paris, le 27 décembre 2024.

La juge des référés,

M. DHIVER

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2422503/11-5

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