mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2422606 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 août 2024, M. A , représenté par Me Syan, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner, la suspension de l'exécution de la décision du 22 juillet 2024, remise le
22 juillet 2024, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour sur le territoire français pour trente-six mois, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour, mention vie privée et familiale, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, dans un délai de quinze jours, à compter de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la décision en litige, qui a pour effet de l'empêcher de déposer une demande de titre de séjour, alors qu'il réside régulièrement sur le territoire français, en qualité de mineur isolé placé à l'aide sociale à l'enfance, préjudicie de manière très grave et immédiate à sa situation et à ses intérêts, plus particulièrement à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
- sa situation n'a pas été prise en compte ;
- le préfet de police ne peut légalement lui délivrer une obligation de quitter le territoire, lui refuser le délai de départ volontaire et interdire le retour sur le territoire français pour trois ans, mineur jusqu'en juin 2024, il n'avait pas à être en possession de titre de séjour ; il est encore confié à l'ASE, il dispose d'un contrat jeune majeur ; il peut demander un titre de séjour, il ne présente pas une menace pour l'ordre public ;
- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Des pièces, présentées par le préfet de police ont été enregistrées le 8 septembre 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 21 août 2024 sous le numéro 2422495 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Hermann Jager, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Rahmouni, greffière d'audience, Mme Hermann Jager a lu son rapport et entendu :
- Me Syan, pour le requérant, en ses observations, reprenant en substance ses écritures ;
- Me Floret, substituant Me Tomasi, pour le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, né le 9 juin 2006, entré en France en 2021, alors qu'il était mineur, a été placé à l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur non accompagné. Il a bénéficié d'un contrat jeune majeur à sa majorité. A la suite de son interpellation par les services de police pour un signalement de faits de vol, le 21 juillet 2024, il a fait l'objet, le
22 juillet 2024, d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour trente-six mois. M. A demande la suspension de l'exécution de ces décisions.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
4. Il résulte des dispositions précitées du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5 D'une part, la requête présentée par l'intéressé et enregistrée le 21 août 2024, tendant à l'annulation des arrêtés en litige a eu pour effet de suspendre leur exécution jusqu'à ce qu'il y soit statué au fond. D'autre part, M. A, qui bénéficie d'un contrat jeune majeur, et qui fait l'objet d'un suivi dans le cadre du STEMO, dans le cadre d'une ordonnance judiciaire du 29 mars 2023, instituant une mesure éducative judiciaire eu égard aux délits dont il est prévenu pour des faits de détention de stupéfiants et de vol avec violence, ne justifie pas avoir entrepris des démarches concrètes en vue de présenter une demande de titre de séjour antérieurement à l'intervention de l'arrêté qui l'oblige à quitter sans délai le territoire français. Ainsi, il ne démontre pas que la mesure d'éloignement prise à son encontre serait de nature à empêcher l'éventuelle délivrance d'un titre de séjour auquel il aurait droit en application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'urgence n'étant pas démontrée, la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions. Par suite, il ne justifie pas de l'urgence de sa situation. L'une des conditions n'étant pas remplie, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 10 septembre 2024.
La juge des référés,
V. Hermann Jager
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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