mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2422699 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 août 2024, M. B C A, représenté par Me Boudjellal, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024, par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français durant trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- n'a pas été précédé de la saisine de la commission du titre de séjour ;
- méconnait le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entaché d'erreur d'appréciation au regard de la menace pour l'ordre public alléguée ;
- est entaché d'erreur de droit dès lors que l'autorité administrative ne pouvait pas se fonder sur des faits révélés par la seule consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) sans procéder à la saisine préalable des services de police ou du procureur de la République ;
- est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il était admis au séjour antérieurement à la décision attaquée, ce qui lui a créé des droits ;
- est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfants de nationalité française ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 septembre 2024 et le 18 septembre 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, agissant par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions lors de l'audience publique.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino ;
- et les observations de Me Boudjellal, avocat de M. A, le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C A, de nationalité algérienne, né le 28 mars 1987, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du l'arrêté du 31 juillet 2024, par lequel le préfet de police a pris à son encontre une interdiction d'entrée et de séjour sur le territoire.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de l'ensemble des pièces du dossier, en particulier de l'arrêté attaqué, que le préfet de police a procédé à un examen sérieux de sa situation avant de lui interdire le territoire français. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
3. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () le certificat de résidence d'un an portant la mention 'vie privée et familiale' est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ". Si l'accord franco-algérien ne subordonne pas la délivrance d'un certificat de résidence aux ressortissants algériens à l'absence de menace à l'ordre public, les stipulations de cet accord, qui ont pour seul objet de définir les conditions particulières que les intéressés doivent remplir lorsqu'ils demandent à séjourner en France, ne privent pas l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour à un ressortissant algérien en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.
4. Pour refuser le séjour à M. A, qui se prévaut de sa qualité de père d'enfants de nationalité française, le préfet de police a relevé que l'intéressé a été condamné le 14 février 2019 à 35 heures de travaux d'intérêt général pour vol, le 18 mars 2019 à huit mois d'emprisonnement pour vol aggravé, le 26 janvier 2023 à 1 an et 3 mois d'emprisonnement pour vol, le 20 avril 2023 à six mois d'emprisonnement pour conduite sans permis et refus d'obtempérer et enfin, le 21 juin 2023 à 4 mois d'emprisonnement pour violence sur conjoint.
5. D'une part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de police aurait fondé sa décision sur des éléments relevés dans le fichier TAJ, alors au demeurant, que c'est au regard des seules condamnations pénales prononcées à l'encontre de M. A que le préfet a apprécié l'existence d'un trouble pour l'ordre public.
6. D'autre part, au regard de ces faits, d'une gravité certaine et dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée par M. A, le préfet de police doit être regardé comme ayant fait une exacte application des dispositions précitées du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A ne remplit pas les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfants de nationalité française. Par suite, il ne peut se prévaloir de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour. Par ailleurs, M. A ne saurait utilement se prévaloir d'un droit acquis au séjour qui résulterait de ses précédents titres de séjour en qualité de parent d'enfants français. Ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
9. M. A fait état de sa présence en France depuis plus de dix ans et de son union avec une ressortissante française avec laquelle il a eu deux enfants de nationalité française. Toutefois, eu égard à la menace grave pour l'ordre public que constitue la présence en France de l'intéressé, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction administrative du territoire français dont il a fait l'objet porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que M. A n'exerce pas l'autorité parentale sur ses deux enfants, qui résident avec leur mère, le moyen tiré de ce que le ministre de l'intérieur aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants du requérant en interdisant le territoire français à ce dernier doit être écarté.
11. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- Mme Merino, première conseillère,
- Mme Renvoisé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
M. MERINO
Le président,
J.-Ch. GRACIALa greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026