lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2422831 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 août 2024, Mme A B, représentée par la SARL LFMA, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 26 juillet 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de police d'examiner sa demande de titre de séjour et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros hors taxe en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle craint qu'une décision de refus de sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étranger malade soit prise sans que sa demande de titre de séjour d'admission exceptionnelle au séjour ait pu être instruite, ce qui mettrait un terme à ses efforts d'insertion professionnelle, et que la suspension n'aura pour conséquence que d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'instruction de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que Mme B dispose d'une autorisation provisoire de séjour ;
- aucun des moyens invoqués n'est pas propre en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2423050 le 27 août 2024 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Delesalle comme juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;
- les observations de la SELARL LFMA, avocat de Mme B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens en précisant qu'il est certain que sa demande de renouvellement de son titre de séjour pour motifs médicaux sera rejetée compte tenu de l'avis négatif du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 10 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 11 décembre 1974 et entrée en France le 15 août 2013 selon ses déclarations, a bénéficié, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire mention " étranger malade " valable jusqu'au 17 avril 2024. Le 22 avril 2024, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mais sa demande a été implicitement rejetée par le préfet de police. Saisi par Mme B, le juge des référés du tribunal, par une ordonnance n° 2411835/6 du 28 mai 2024, a suspendu l'exécution de cette décision implicite et a enjoint à ce dernier de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour. En exécution de cette ordonnance, le préfet de police a remis un récépissé à l'intéressée, valable du 6 juin au 6 décembre 2024. Par ailleurs, Mme B a sollicité au mois d'avril 2024 un rendez-vous en préfecture en vue de son admission exceptionnelle au séjour, ce que le préfet de police a refusé par une décision du 26 juillet 2024 dont elle demande, par la présente requête, la suspension de l'exécution en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative: " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour justifier de l'urgence à obtenir la suspension de la décision attaquée, la requérante soutient qu'elle craint qu'une décision de refus de titre de séjour " étranger malade" soit prise compte tenu de l'avis négatif du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sans que sa demande de titre de séjour d'admission exceptionnelle au séjour ait pu être instruite, ce qui mettrait un terme à sa formation d'aide-soignante, et que la suspension de la décision n'aurait que pour effet de conduire à une instruction de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, Mme B ne s'est vu opposer aucun nouveau refus à sa demande de renouvellement de son titre de séjour pour motifs médicaux et qu'elle bénéficie d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au au 6 décembre 2024, ainsi qu'il a été indiqué au point 1, lui permettant de poursuivre sa formation professionnelle. Par suite, elle n'établit pas que la décision attaquée porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation et la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux, que les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 16 septembre 2024.
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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