lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2422873 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 août 2024, M. B C, représenté par Me Lejeune, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 août 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle est présumée dans la mesure où il réside de manière régulière sur le territoire français depuis 2017 sous couvert d'un certificat de résidence algérien, qu'il exerce une activité professionnelle en tant qu'auto-entrepreneur et qu'à défaut de titre de séjour, son avenir professionnel est mis en péril, la décision litigieuse le plaçant alors dans une situation de grande précarité, où il risque de voir ses droits suspendus ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est entachée d'incompétence de son signataire, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de police a nécessairement consulté le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) alors qu'il ne justifie pas avoir saisi les services de la police ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information ou du procureur de la République pour demande d'information sur les suites judiciaires, conformément aux dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, qu'elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle, qu'elle est entachée d'erreur d'appréciation en estimant que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public et méconnaît les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle viole les stipulations des articles 5 et 7 c) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qu'elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 27 août 2024 le n° 2422874 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Delesalle comme juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;
- les observations de Me Lejeune, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et précise que les faits de travail dissimulé ne sont pas établis alors qu'il n'a jamais été condamné pour un tel fait et que la seule condamnation dont il fait l'objet concerne des faits de conduite en état d'alcoolémie commis en 2022 et qui sont isolés.
Une pièce a été produite après l'audience de 11h00 par le préfet de police en réponse à une mesure d'instruction.
La clôture de l'instruction a été différée au 10 septembre 2024 à 17h00.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 1er juin 1996, est entré en France le 14 septembre 2017 sous visa long séjour étudiant puis s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant-élève " d'une durée d'un an qui a été renouvelé à plusieurs reprises. Il a ensuite bénéficié d'un certificat de résidence algérien mention " commerçant " d'un an à compter du 31 janvier 2020 qui a été renouvelé à deux reprises, son dernier titre expirant le 24 novembre 2023. Le 25 septembre 2023, il a sollicité un certificat de résidence algérien de dix ans sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord-franco-algérien du 27 décembre 1968 ou, à défaut, le renouvellement de son certificat de résidence d'un an sur le fondement de l'article 5 du même accord. Par une décision du 2 août 2024, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par la présente requête, M. C demande la suspension de l'exécution de la décision rejetant sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. M. C demandant la suspension de l'exécution de la décision qui doit être regardée comme refusant de renouveler son certificat de résidence algérien, et le préfet de police ne faisant état d'aucune circonstance de nature à renverser la présomption d'urgence qui en résulte en se bornant à soutenir que le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer une incidence immédiate de cette décision sur sa situation d'auto-entrepreneur ou sa situation familiale, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de police en estimant que la présence en France de M. C représente une menace pour l'ordre public, est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
6. Il résulte des points 4 et 5 qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 2 août 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien à M. C jusqu'à ce que le tribunal statue sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de procéder au réexamen de la situation de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de sept jours à compter de cette même date, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative à verser à M. C.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 2 août 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de titre de séjour de M. C est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de sept jours à compter de cette même date.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros à M. C au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 16 septembre 2024.
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6