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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423009

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423009

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423009
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 août et le 4 novembre 2024, M. B C D, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus délivrance d'un certificat de résidence algérien :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet s'est fondé sur une consultation du ficher du traitement des antécédents judiciaire qui n'a pas été suivie d'une saisine du procureur de la République selon l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu regard du même article ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Topin,

- et les observations de Me Sauvadet, substituant Me Berdugo, avocat de M. C D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant algérien, né le 1er octobre 1991, est entré en France en décembre 2009, selon ses déclarations. Il a sollicité, le 13 février 2024, la délivrance d'un certificat de résidence algérien, sur le fondement du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par des décisions du 31 juillet 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et vise notamment les articles L. 432-1, L. 611-3°, L. 612-2, L. 612-6, L. 611-3, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique également, avec suffisamment de précision, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour prendre les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné la situation de l'intéressé avant de l'édicter, la circonstance qu'elle ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, () les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : 1° Les personnels de la police et de la gendarmerie habilités selon les modalités prévues au 1° et au 2° du I de l'article R. 40-28 ; / () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code () ".

6. Pour refuser de délivrer le certificat de résidence algérien à M. C D, le préfet de police s'est notamment fondé sur la circonstance qu'il est défavorablement connu des services de police pour viol commis sur la personne d'un mineur de quinze ans, le 15 septembre 2012, et pour exhibition sexuelle, le 20 décembre 2014. Dès lors que les dispositions citées ci-dessus prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la décision portant refus de titre de séjour, M. C D n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'un vice de procédure De plus, si le préfet de police ne justifie pas avoir saisi, pour complément d'information, les services de la police nationale ou les unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, le ou les procureurs de la République compétents, cette carence alléguée, à la supposer même avérée, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision contestée.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "" [la] délivrance d'une carte de séjour temporaire () peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public "

8. Il ressort des pièces du dossier que pour retenir que l'intéressé représenterait une menace à l'ordre public, le préfet s'est fondé non seulement sur les signalements mentionnés au point 6. du présent jugement mais également sur sa condamnation le 29 janvier 2019 par le tribunal judiciaire de Pontoise à six mois d'emprisonnement et à deux ans d'emprisonnement avec sursis pour exhibition sexuelle et détention non autorisée de stupéfiants. Au regard du caractère relativement récent de cette condamnation pour des faits graves et du quantum des peines prononcées, et alors même que les faits objet des signalements ont été classés sans suite, le moyen tiré de que le préfet aurait commis une erreur dans l'appréciation que le comportement de M. C D représente pour l'ordre public doit être écarté.

9. En dernier lieu, le préfet de police a fondé sa décision de refus de délivrer à M. C D le certificat sollicité sur l'unique motif, fondé, comme précisé au point précédent, tiré de ce que son comportement est constitutif d'une menace à l'ordre public. Par suite, et alors même que M. C D justifierait d'une présence sur le territoire français depuis plus de dix ans, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1) d l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ne peut qu'être écarté.

Sur les autres moyens relatifs à la décision portant obligation à quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. M. C D se prévaut de ce qu'il vit en France depuis 2009 et y a établi le centre de sa vie privée et familiale dès lors que ses parents et sa sœur y résident en situation régulière. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille et n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de dix-huit ans. S'il ressort également des pièces du dossier qu'il a été autorisé, le 14 novembre 2017, à bénéficier d'un parcours de sortie de prostitution et d'insertion sociale et qu'il est pris en charge par le milieu associatif, il ne justifie d'aucune activité professionnelle récente alors que, par ailleurs, son comportement est constitutif d'une menace à l'ordre public, comme précisé au point 8. du présent jugement. Dès lors, compte tenu des circonstances de l'espèce, le préfet de police n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé.

Sur les autres moyens relatifs à la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ :

12. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / (). "

13. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C D, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que son comportement constitue une menace pour l'ordre public en raison de la condamnation pénale et des signalements dont il a fait l'objet. Compte-tenu de ce qui a été exposé au point 8., c'est sans méconnaître les dispositions précitées, ni entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

Sur les autres moyens relatifs à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

15. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

16. En l'espèce, d'une part, la décision portant interdiction de retour en France, qui vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde, en rappelant l'absence de délai de départ volontaire octroyé à M. C D pour quitter le territoire français et en précisant que son comportement est constitutif d'une menace à l'ordre public, ainsi que la circonstance que ce dernier ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, est suffisamment motivée quant à son principe et ses motifs. D'autre part, pour fixer à cinq ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, prise à l'encontre du requérant, le préfet de police a fait état de ce que cette durée ne portait pas atteinte à la vie privée et familiale de l'intéressé, qui allègue séjourner en France depuis 2009 et présente une menace à l'ordre public. Par suite, cette décision est suffisamment motivée quant à sa durée.

17. Enfin, compte tenu de ce qui a été exposé au point 11., M. C D n'est pas fondé à soutenir que, en édictant la décision contestée, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente,

- M. Hémery, premier conseiller ;

- M. A, magistrat honoraire faisant fonction de premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin

L'assesseur le plus ancien,

D. HémeryLe greffier,

D. Permalnaick

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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