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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423073

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423073

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423073
TypeDécision
Avocat requérantVI VAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 août et 4 septembre 2024, Mme C, représentée par Me Vi Van, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 27 juin 2024 par laquelle le directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil en sa qualité de demandeuse d'asile ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans le cas où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la condition d'urgence est satisfaite ; elle se trouve dans une grande précarité ; elle ne dispose d'aucune solution d'hébergement ; son état de santé psychiatrique la place dans une situation de particulière vulnérabilité et nécessite un traitement ainsi qu'un suivi régulier ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ; elle méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; compte tenu de l'effet suspensif du recours formé contre la décision de transfert aux autorités suédoises du 5 février 2024 elle n'avait pas à se présenter à la préfecture de police les 22 et 29 février 2024 ; son état de vulnérabilité n'a pas été pris en compte ni été évalué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requérante ne justifie pas d'une situation d'urgence ;

- aucun des moyens de la requête n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- la requête par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Louart, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Aubert, juge des référés ;

- les observations de Me Vi Van, représentant la requérante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante éthiopienne née le 19 juin 2000, a demandé le bénéfice d'une protection internationale en France le 8 janvier 2024 et a été placée en procédure dite Dublin. Par un arrêté du 5 février 2024, le préfet de police a décidé de son transfert vers la Suède. L'OFII a cessé, par une décision du 27 juin 2024, de lui verser les conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'a pas déféré à deux convocations à la préfecture de police fixées les 22 et 29 février 2024. Par la présente requête, Mme A demande la suspension l'exécution de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard à l'urgence à statuer et en application des dispositions précitées, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Il n'est pas contesté que Mme A est dépourvue de ressources et qu'elle ne peut se maintenir dans son hébergement actuel de façon pérenne, l'OFII établissant seulement qu'elle est hébergée depuis le 19 janvier 2024 sans apporter de précisions sur la pérennité de cet hébergement. Il suit de là que la décision ordonnant la cessation de ses conditions matérielles d'accueil la place dans une situation de grande précarité. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

7. Il résulte de l'instruction que Mme A s'est vue remettre en mains propres le 5 février 2024 une convocation en vue de l'exécution de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a décidé sa remise aux autorités suédoises, lui demandant de se présenter dans les locaux de la préfecture de police les 22 et 29 février 2024. Toutefois il résulte de l'instruction que ces convocations auxquelles la requérante ne s'est pas présentée étaient fixées à une date où son recours suspensif contre l'arrêté de transfert était pendant devant le tribunal. Dans ces conditions, dès lors que la décision de transfert ne pouvait pas être exécutée, le moyen tiré de ce que le préfet de police ne pouvait considérer Mme A comme étant en fuite est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 27 juin 2024 par laquelle le directeur de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme A.

9. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au directeur de l'OFII de rétablir provisoirement Mme A dans ses conditions matérielles d'accueil à compter du 27 juin 2024, date à laquelle a pris effet la décision contestée. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Vi Van renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 27 juin 2024 du directeur de l'OFII est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au directeur de l'OFII de rétablir provisoirement les conditions matérielles d'accueil de Mme A à compter du 27 juin 2024 dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'OFII versera à Me Vi Van la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Vi Van renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Vi Van et au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Paris, le 10 septembre 2024.

La juge des référés,

S. Aubert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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