mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2423127 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 août 2024, M. B, représenté par Me Djemaoun, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 8 août 2024, par laquelle le préfet a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour en qualité d'étudiant ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux semaines à compter de la notification de l'ordonnance et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ayant, à tort, fondé sa décision sur la circonstance selon laquelle il a dépassé le volume horaire de travail autorisé par la loi ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, son parcours scolaire revêtant les caractéristiques d'un parcours d'étude sérieux ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas présenté d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 29 août 2024, sous le numéro 2423095 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Simonnot pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Canaud, greffière d'audience, M. Simonnot a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Djemaoun, représentant M. B,
- et Me Floret représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant libanais, a sollicité le 25 mai 2023, le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 8 aout 2024, le préfet a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours. Par la présente requête, il est demandé au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 8 août 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de procéder au renouvellement du titre de séjour de M. B.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".
Sur l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. M. B qui bénéficiait d'un titre de séjour " étudiant " expirant le 21 juin 2023, a sollicité le 23 mai 2023 le renouvellement de ce titre de séjour et peut donc, en principe, se prévaloir de la présomption d'urgence. Le préfet n'invoque aucun élément de nature a écarté cette présomption. La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".
6. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée par un étranger en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies et que le postulant dispose, à la date à laquelle elle statue, de moyens d'existence suffisants lui permettant de vivre et d'étudier en France, ces critères présentant un caractère cumulatif.
7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des certificats de scolarités produit que M. B justifie d'un parcours universitaire satisfaisant et cohérent au regard de ses ambitions professionnelles en qualité d'odontologiste. Il s'ensuit que, dans ces circonstances, il ne peut être considéré comme ayant régressé dans ses études alors, en outre, qu'il a obtenu tous les diplômes préparés et que l'avant dernière année d'études a été consacrée à la préparation du concours pour l'obtention avec succès du Pass santé. En second lieu, s'il n'est pas contesté que M. B a légèrement dépassé le quantum d'heure autorisé, il est fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour pour ce motif, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
10. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de délivrer provisoirement à M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, un titre de séjour mention " étudiant ". Il n'y a pas lieu, à cette étape, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision de préfet de police en date du 8 août 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet de police territorialement compétent de délivrer provisoirement à M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, un titre de séjour mention " étudiant ".
Article 3 : L'Etat versera à M. B somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de police.
Fait à Paris, le 1er octobre 2024.
Le juge des référés,
J.-F. SIMONNOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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