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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423240

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423240

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423240
TypeDécision
Avocat requérantOTTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2024, M. B A, représenté par Me Ottou, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de réfugié ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours à compter de la notification à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, à défaut, à lui-même.

Il soutient que :

- l'urgence est établie dès lors que l'attestation de prolongation d'instruction du requérant a expiré, malgré sa qualité de réfugié reconnue depuis six mois, et que l'exécution de la décision attaquée le place dans une situation de précarité administrative et matérielle ;

- les moyens tirés de de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation, du défaut de base légale, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de police conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer.

Il soutient que :

- le requérant a été mis en possession le 3 septembre 2024 d'une nouvelle attestation de prolongation de l'instruction de sa demande valable jusqu'au 2 mars 2025 assurant la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler ;

- il est dans l'attente du bulletin numéro 2 du casier judiciaire de l'intéressé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2421096 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive européenne 2011/95/UE du 13 décembre 2011 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné M. Sorin pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Maurice, greffière d'audience :

- le rapport de M. Sorin,

- et les observations de Me Ottou, représentant M. A, qui persiste dans ses conclusions initiales par les mêmes moyens.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur B A, ressortissant congolais né le 11 juin 2005, est arrivé mineur en France puis pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. La Cour nationale du droit d'asile a reconnu sa qualité de réfugié, par une décision du 4 novembre 2022. Le 15 septembre 2023, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour en cette qualité. Il demande par la présente requête la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 15 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer ce titre.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand un décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

En ce qui concerne la décision attaquée et les conclusions tendant au non-lieu à statuer :

4. Si le préfet de police soutient qu'il a délivré au requérant le 3 septembre 2024 une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour, cette attestation n'a eu ni pour objet ni pour effet de procéder au retrait ou à l'abrogation de la décision attaquée, qui refuse la délivrance d'un titre de séjour et qui est née, en application des dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quatre mois après le dépôt de la demande de titre soit, en l'espèce, le 15 janvier 2024. Les conclusions tendant au non-lieu à statuer ne peuvent, par suite, qu'être rejetées, la requête de M. A n'ayant pas perdu son objet.

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.

6. La décision attaquée, refusant à M. A la délivrance de son titre de séjour en qualité de réfugié, le place dans une situation de précarité administrative et financière l'empêchant de séjourner régulièrement et de pourvoir à ses besoins. La circonstance que le préfet de police lui ait délivré une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour est à cet égard sans incidence dès lors, d'une part, que cette attestation n'est pas produite et qu'il n'est pas établi qu'elle autoriserait l'intéressé à travailler et, d'autre part et en tout état de cause, qu'une telle attestation, délivrée postérieurement à la naissance de la décision implicite litigeuse et à l'introduction de la requête, ne saurait faire obstacle à ce que le juge des référés se prononce sur le droit au séjour de l'intéressé, la délivrance renouvelée d'attestations prolongeant l'instruction de sa demande ne pouvant s'y opposer sauf à maintenir le requérant dans une situation d'incertitude administrative et procédurale permanente. Il y a par suite lieu, dans les circonstances de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie, sans qu'ait à cet égard d'incidence la circonstance selon laquelle le préfet de police serait " dans l'attente du bulletin numéro 2 du casier judiciaire " de l'intéressé, le préfet n'établissant ni la nécessité ni l'impossibilité d'avoir obtenu plus tôt un extrait de ce bulletin, alors que M. A a obtenu le statut de réfugié le 4 novembre 2022 et a déposé sa demande de titre de séjour en cette qualité le 15 septembre 2023.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. " Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : [] 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. "

8. En l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions en injonction :

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il a lieu ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée et d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A, à titre provisoire, une carte de résident au regard de son statut de réfugié, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Ainsi qu'il a été dit, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ottou, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ottou de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite née le 15 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de réfugié est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A, à titre provisoire, une carte de résident au regard de son statut de réfugié, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ottou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Ottou, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée au requérant.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Ottou et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 20 septembre 2024.

Le juge des référés,

J. SORIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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