vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2423278 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GALL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 12 septembre et 1er octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Gall, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 10 juillet 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil (CMA) ;
3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la décision de refus, dans un délai de 3 jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros H.T., à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, en cas d'admission à l'aide juridique et, en cas contraire, à lui verser directement sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- contrairement à ce qu'affirme l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aucune somme n'a été versée à la requérante ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil la prive de toutes ressources et l'empêche de déposer une demande d'asile pour sa fille ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors qu'elle est entachée d'un défaut de motivation, que la situation de vulnérabilité de la requérante n'a pas été prise en compte, que la requérante n'a pas bénéficié de l'entretien de vulnérabilité prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision est entachée de défaut d'examen sérieux et d'erreur de fait quant à la situation de fuite, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne justifie pas de son information quant aux convocations pour les rendez-vous manqués, que la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant et l'article 20§5 de la directive 2013/33/UE.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition relative à l'urgence n'est pas remplie dès lors que les justificatifs d'absence ont été pris en compte par l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a décidé de procéder au rétablissement de son bénéfice des conditions matérielles d'accueil une fois en présence d'une attestation de demande d'asile et que l'hébergement de la requérante et de sa fille n'a pas été interrompu depuis le 21 novembre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, Mme Weidenfeld a lu son rapport et entendu les observations de Me Gall, qui maintient l'ensemble de ses conclusions.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 17 août 1987, déclare être entrée en France le 28 octobre 2023. Par une décision du 10 juillet 2024 le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait depuis le 20 novembre 2023. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de son exécution dans l'attente qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
4. D'une part, s'il n'est pas contesté que la requérante n'a pas quitté l'hébergement qui lui avait été attribué le 21 novembre 2023, il résulte de l'instruction qu'elle est dépourvue de toute ressource pour faire face à ses besoins propres et à ceux de son enfant, née le 20 février 2024. Dans ces circonstances, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie, sans que la circonstance que la requérante pourrait bénéficier d'une aide des services du département ne puisse lui être utilement opposée.
5. D'autre part, et ainsi que l'a d'ailleurs reconnu l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans son mémoire en défense, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demande la suspension de l'exécution de la décision du 10 juillet 2024 portant cessation des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. La présente ordonnance, qui suspend l'exécution de la décision contestée, implique nécessairement que l'OFII procède au rétablissement des conditions matérielles d'accueil au profit de Mme A, sans que cet Office ne puisse invoquer la circonstance que la requérante ne dispose plus d'une attestation de demande d'asile, en application de l'article D. 553-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que, comme le reconnaît d'ailleurs le mémoire en défense, la situation de fuite de Mme A ne peut être tenue pour établie, l'absence de la requérante ayant été justifiée par son accouchement. Il y a donc lieu d'enjoindre à l'OFII d'y procéder, dans un délai de trois jours ouvrés à compter de la notification de la présente ordonnance. Toutefois, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Mme A ayant été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gall, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 000 euros à verser à Me Gall en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 000 euros sera versée à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 10 juillet 2024 est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir Mme A dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de trois jours ouvrés à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans les conditions prévues par le point 8 de la présente ordonnance.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Gall et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Paris, le 4 octobre 2024.
La juge des référés,
K. Weidenfeld
La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6