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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423553

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423553

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423553
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A, ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du préfet de police du 1er septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence territoriale et de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, et la méconnaissance du droit à être entendu. Il a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé, que le requérant avait été entendu avant son édiction, et que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avaient été correctement appliquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2024, M. B A représenté par Me Sangue, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Sangue en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet de police n'était pas territorialement compétent ;

- le signataire de l'arrêté était incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- il n'a pas été en mesure de présenter des observations préalablement à l'édiction de l'arrêté ;

- le préfet ne l'a pas informé des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions sur sa situation personnelle et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, le préfet de police représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 novembre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Rebellato, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 22 janvier 1986, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er septembre par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 613-1 du même code : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ". Pour l'application de ces dispositions, le préfet du département dans lequel a été constatée l'irrégularité de la situation d'un étranger est compétent pour décider s'il y a lieu d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français. En l'espèce, alors que le requérant se borne à alléguer qu'il n'est pas établi que l'irrégularité de son séjour aurait été constatée dans le département de Paris, il ressort des termes du procès-verbal d'audition produit par le préfet de police que l'irrégularité de la situation de M. A a été constatée lors d'un contrôle d'identité effectué sur réquisition du procureur adjoint de la République près le tribunal judiciaire de Paris au sein du 10ème arrondissement de Paris, du 31 août 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence territoriale de l'auteur de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2024-01258 du 22 août 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, signataire des arrêtés attaqués, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, cet arrêté qui permet de vérifier que le préfet a procédé à un examen de la situation particulière de l'intéressé est suffisamment motivé.

5. En quatrième lieu, M. A soutient ne pas avoir été mis en mesure de présenter des observations préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement, en méconnaissance de son droit à être entendu. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier de son procès-verbal d'audition par les services de police en date du 1er septembre 2024, qu'il a été entendu sur ses conditions de séjour et sur la perspective d'un éloignement préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement contestée. Au demeurant, le requérant ne fait pas état d'éléments qui, communiqués au préfet de police, auraient pu entraîner une appréciation différente des faits de l'espèce. Ainsi, il n'est pas établi qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que soit prise à son encontre l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu, tel qu'énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

6. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué que M. A aurait exprimé une intention de demander une protection internationale. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été informé des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). " Si M. A se prévaut sommairement de son ancienneté au séjour depuis 2012, cette seule circonstance n'est pas de nature à entacher l'arrêté attaqué au regard des stipulations précitées. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 1er septembre 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sangue et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 avril 2025.

Le rapporteur,

Signé

J. REBELLATO

Le président,

Signé

L. GROS

La greffière,

Signé

C. CHAKELIAN

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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