vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2423585 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | GAUTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 septembre 2024, le centre hospitalier national d'ophtalmologie des 15-20 demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de M. B A et de tout autre occupant de son chef avec, au besoin, le concours de la force publique, du logement de fonction qu'il occupe irrégulièrement, situé 8, rue Boulitte, dans le 14ème arrondissement de Paris ;
2°) de mettre à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- l'urgence et l'utilité de la mesure d'expulsion sont caractérisées dès lors que l'occupation sans titre du logement de fonction litigieux empêche d'y installer un nouvel agent et porte ainsi atteinte au fonctionnement normal du service public ;
- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. A occupe ce logement sans droit ni titre depuis l'acceptation de sa démission à compter du 1er février 2024 ;
La requête a été communiquée à M. A qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le décret n°2010-30 du 8 janvier 2010 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sorin pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 13 septembre 2024 en présence de Mme Maurice, greffière d'audience :
- le rapport de M. Sorin, juge des référés,
- et les observations de Me Gautier, représentant le CHNO, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Il résulte de ces dispositions que lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant d'un logement concédé par nécessité absolue de service, y compris lorsque celui-ci ne fait pas partie du domaine public de la personne publique propriétaire, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. S'agissant de cette dernière condition, dans le cas où la demande d'expulsion fait suite à la décision du gestionnaire ou du propriétaire du logement de retirer ou de refuser de renouveler le titre dont bénéficiait l'occupant et où, alors que cette décision exécutoire n'est pas devenue définitive, l'occupant en conteste devant lui la validité, le juge des référés doit rechercher si, compte tenu tant de la nature que du bien-fondé des moyens ainsi soulevés à l'encontre de cette décision, la demande d'expulsion doit être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse.
2. Aux termes de l'article R. 2124-65 du code général de la propriété des personnes publiques : " Une concession de logement peut être accordée par nécessité absolue de service lorsque l'agent ne peut accomplir normalement son service, notamment pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité, sans être logé sur son lieu de travail ou à proximité immédiate () ". Aux termes de l'article R. 2124-73 du même code : " Les concessions de logement () sont, dans tous les cas, accordées à titre précaire et révocable. Leur durée est limitée à celle pendant laquelle les intéressés occupent effectivement les emplois qui les justifient et dans les conditions fixées par l'arrêté mentionné à l'article R. 2124-72 (). / Lorsque les titres d'occupation viennent à expiration, pour quelque motif que ce soit, l'agent est tenu de libérer les lieux sans délai sous peine de se voir appliquer les sanctions prévues à l'article R. 2124-74. " Enfin, aux termes de l'article R. 2124-74 du même code : " L'occupant qui ne peut justifier d'un titre est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'expulsion () ".
3. Aux termes de l'article 11 du décret du 8 janvier 2010 pris en application de l'article 77 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les concessions de logement sont précaires et révocables. Leur durée est limitée à la période au cours de laquelle les fonctionnaires concernés occupent les emplois qui les justifient. Elles prennent fin, en toute hypothèse, en cas d'aliénation ou de désaffectation de l'immeuble. Dans tous les cas où la concession vient à expiration, les intéressés doivent quitter les lieux, sous peine de faire l'objet de mesures d'expulsion, à la requête de l'établissement. "
4. M. B A exerçait des fonctions d'infirmier anesthésiste au sein du centre hospitalier national d'ophtalmologie des 15-20 (CHNO), poste pour lequel il a disposé d'un logement pour nécessité absolue de service à compter du 20 juillet 2023 pour une durée d'un an. Au mois de décembre 2023, il a informé le CHNO de son intention de démissionner, cette démission ayant été acceptée par un courrier du 10 janvier 2024 fixant la date de démission au 1er février 2024. Par un courrier du 5 février 2024, le CHNO lui demandait de libérer le logement occupé au plus tard le 29 février 2024. Par un courrier du 16 février 2024, cette date a été reportée au 31 mai 2024, moyennant le versement d'une indemnité d'occupation irrégulière. Le 2 juillet 2024, le CHNO accordait un nouveau délai à M. A, lui enjoignant de quitter le logement le 31 août 2024 au plus tard. Par la présente requête, le CHNO demande au tribunal d'ordonner son expulsion sans délai.
5. Il résulte de l'instruction que le maintien dans le logement litigieux de M. A s'oppose à l'utilisation normale de ce bien destiné à accueillir le personnel du CHNO alors que plusieurs demandes d'hébergement pour nécessité de service sont en cours d'instruction. Dans ces conditions, le CHNO établit tant l'urgence que la nécessité de la mesure d'expulsion demandée, qui, en l'absence notamment de toute défense de M. A, ne s'oppose à aucune contestation sérieuse.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à M. A et à tous occupants de son chef de libérer dans le délai d'un mois le logement qu'il occupe indûment et d'en retirer les biens lui appartenant, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du CHNO présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. A et à tous occupants de son chef de libérer dans le délai d'un mois le logement qu'il occupe sans droit ni titre situé 8, rue Boulitte dans le 14ème arrondissement de Paris et d'en retirer les biens lui appartenant, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts et à M. B A.
Fait à Paris, le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
J. SORIN
La République mande et ordonne à la ministre du travail de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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