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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423589

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423589

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423589
TypeDécision
Formation4e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCABINET CORONEL-KISSOUS AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête accompagnée de pièces complémentaires enregistrées le 4 septembre 2024 et le 3 octobre 2024, Mme C A, représentée par Me Coronel-Kissous, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le préfet de police, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Séval, président de chambre, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Trieste, greffière d'audience, ont été entendus à huis clos :

- le rapport de M. Séval ;

- les observations de Me Coronel-Kissous et de Mme A assistée de M. B interprète en langue bambara.

Le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante malienne née le 16 septembre 1996 et entrée en France le 9 mars 2023 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 juin 2023, confirmée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 février 2024. Par un arrêté du 11 juillet 2024, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée. Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée, vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne que l'OFPRA le 21 juin 2023 puis la CNDA le 6 février 2024 ont rejeté la demande d'asile de Mme A. La décision en litige comporte ainsi les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que le préfet de police s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". En outre, aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, de nationalité malienne, est née en République démocratique du Congo. Jusqu'à son entrée en France le 9 mars 2023, elle a vécu successivement en République démocratique du Congo et au Mali. Elle est dépourvue de toute attache personnelle et familiale en France, alors que ses trois enfants résident au Mali chez ses propres parents. Dans ces conditions, eu égard en particulier au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée, y compris son implication sur son état de santé, dont le certificat médical du 10 septembre 2024 ne permet pas à lui seul de déterminer l'origine des troubles psychiques dont souffre Mme A, ni leur gravité.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

6. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

7. Mme A soutient que sa sécurité est en danger en cas de retour dans son pays d'origine en raison, d'une part, des violences physiques et sexuelles qu'elle risquerait de subir si elle était contrainte de revoir son époux avec lequel elle a été mariée de force à l'âge de 16 ans et, d'autre part, des persécutions que lui infligerait sa belle-famille. Toutefois, les éléments qu'elle allègue, identiques à ceux produits au soutien de sa demande d'asile successivement rejetée par l'OFPRA puis la CNDA, sont, en l'état du dossier, insuffisants pour établir la réalité des risques auxquels elle serait personnellement exposée en cas de retour au Mali, où il est constant que ne réside pas son époux dont elle a indiqué en audience ne plus avoir de nouvelles depuis son départ, de même qu'elle n'a plus de relation avec sa belle-famille, alors même qu'elle précise avoir des nouvelles régulières de sa sœur et de sa mère en charge de la garde de ses trois enfants demeurés au Mali. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes des stipulations du premier paragraphe de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".

9. Dès lors qu'il est constant, comme exposé au point 7, que Mme A ne peut se prévaloir de la qualité de réfugié, le moyen tiré de la violation de l'article 33 de la convention de Genève doit, en tout état de cause, être écarté comme inopérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 11 juillet 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors que l'Etat n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024

Le magistrat désigné,

J.-P. SEVAL

La greffière,

I. TRIESTE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2423589/4-3

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