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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423599

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423599

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423599
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2024, M. D , représenté par Me Isabelle Carles, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai d'un mois et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ledit conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'urgence de sa situation est présumée s'agissant d'une décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- l'urgence est en tout état de cause établie dès lors que la décision l'empêche d'exercer une activité professionnelle, alors que les revenus perçus à raison de son emploi lui permettent de subvenir à ses besoins, et le place dans une situation où il risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

Le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée résulte de ce que :

- la décision implicite a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet de police de Paris qui n'a pas produit de mémoire en défense mais seulement des pièces, enregistrées le 13 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 4 septembre 2024 sous le numéro 2423600 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 13 septembre 2024 en présence de Mme Henry, greffière d'audience :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Carles, représentant M. A, qui a persisté dans ses conclusions et moyens et a en outre fait valoir, s'agissant de l'urgence, que ce n'est qu'à titre subsidiaire que le requérant avait déposé le 13 février 2024 une demande d'admission exceptionnelle au séjour, que cette demande a en tout état de cause été rejetée comme irrecevable par une décision du 29 avril 2024 et, s'agissant du doute sérieux, qu'aucune décision de clôture de sa demande de renouvellement de titre de séjour n'a été notifiée à l'intéressé et que son dossier ne peut être regardé comme incomplet au motif qu'ayant été involontairement privé d'emploi au sens de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'avait pas à fournir d'autorisation de travail de son employeur ;

- les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie au motif que le requérant bénéficiera prochainement d'un rendez-vous en vue de l'enregistrement de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et que la décision n'est entachée d'aucun doute sérieux quant à sa légalité au motif que la demande de renouvellement déposée par l'intéressé a fait l'objet d'une décision de clôture en raison du caractère incomplet du dossier.

La clôture d'instruction a été différée au 13 septembre 2024 à 14 h 00.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 31 décembre 1980 à Grand Bassam (Côte d'Ivoire), est entré en France en 2016 selon ses déclarations et s'est vu délivrer le 6 mai 2021 une carte de séjour temporaire portant la mention salarié en qualité d'agent de services, valable jusqu'au 5 mai 2022. Le 20 avril 2022, soit avant l'expiration de son titre de séjour, il en a sollicité le renouvellement et s'est vu délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre assorti d'une autorisation de travail, renouvelé jusqu'au 16 février 2023. Une décision implicite de refus de renouvellement de séjour est née dans l'intervalle, à l'expiration du délai de quatre mois suivant l'enregistrement de sa demande. Le 13 février 2024, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, qui a été rejetée comme irrecevable par une décision du 29 avril 2024. Le 12 août 2024, il a demandé par l'intermédiaire de son conseil la communication des motifs de la décision implicite de refus de renouvellement de séjour. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision implicite de refus de renouvellement de séjour, dont il a demandé l'annulation par une requête enregistrée le 4 septembre 2024 sous le n° 2423600, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

S'agissant de l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

5. Si le préfet de police fait valoir que le non-renouvellement du titre de séjour de M. A résulte de ce que sa demande a été classée sans suite du fait du caractère incomplet de son dossier, il n'établit pas avoir notifié ce classement à M. A, qui conteste avoir reçu une telle notification. Ainsi, le non-renouvellement du titre de séjour de M. A doit être regardé comme résultant d'une décision implicite de rejet à l'expiration du délai de quatre mois suivant l'enregistrement de la demande, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme présumée. Le préfet de police ne renverse pas utilement cette présomption en faisant valoir que le requérant bénéficiera prochainement d'un rendez-vous en vue de l'enregistrement de la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il a déposée le 13 février 2024 dès lors, d'une part, qu'il résulte de l'instruction que cette demande a été rejetée comme irrecevable par une décision du 29 avril 2024, d'autre part, que l'enregistrement d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour ne permettrait pas à M. A de se voir délivrer un récépissé assorti d'une autorisation de travail. Dès lors, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme remplie

S'agissant du moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse :

6. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. "

7. Alors qu'il résulte des explications fournies à l'audience par le conseil du préfet de police que la demande de renouvellement de carte de séjour temporaire portant la mention salarié de M. A a été rejetée en raison du caractère incomplet de son dossier, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet au regard des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'ayant été involontairement privé d'emploi, le requérant n'avait pas à fournir d'autorisation de travail de son employeur, apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus de renouvellement de carte de séjour temporaire portant la mention salarié née du silence gardé pendant quatre mois par le préfet de police sur sa demande, au plus tard jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2423600.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-2 dudit code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".

10. Eu égard au caractère provisoire des mesures de référé, la présente ordonnance implique seulement que le préfet de police délivre à M. A, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2423600.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Dès lors que M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Carles, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Carles de la somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé à M. A le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention salarié est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2423600.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A, dans un délai de sept jours courant à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond n°2423600.

Article 4 : L'Etat versera à Me Carles, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, une somme de 800 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D, à Me Carles et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 18 septembre 2024.

Le juge des référés,

J.C B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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