vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2423697 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SELURL PHELIP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Phelip, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du préfet de police en date du 24 mai 2024 portant refus de délivrance d'une carte de séjour de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée fait peser un risque immédiat sur la poursuite de son travail, dans le cadre de son poste en contrat à durée indéterminée, la plaçant de fait dans une situation de précarité administrative et économique ;
- les moyens tirés d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et professionnelle, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 421-2, L. 433-1, L. 433-2, L. 433-3, L. 433-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations des articles des accords entre la France et le Sénégal et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2419841 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;
- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné M. Sorin pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Maurice, greffière d'audience :
- le rapport de M. Sorin,
- les observations de Me Guichard, représentant Mme A, qui persiste dans ses conclusions initiales par les mêmes moyens,
- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1.Madame B A, ressortissante sénégalaise née le 10 novembre 1988, entrée en France au mois de novembre 2011, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " Passeport Talent : salarié qualifié / entreprise innovante - exercice d'une activité salariée " délivrée le 4 juin 2020, venant à expiration le 3 juin 2024. Le 18 mars 2024, Mme A a demandé la délivrance d'un titre de séjour de dix ans sur le fondement de la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 1er août 1995. Par une décision du 24 mai 2024, le préfet de police a rejeté sa demande motif pris de ce qu'elle ne justifiait pas d'une rémunération au moins équivalente au SMIC pour les années 2020 et 2021. Elle demande par la présente requête la suspension de l'exécution de cette décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Considérant qu'aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. En l'espèce, Mme A occupe un poste depuis le 10 octobre 2022 en qualité de rédactrice d'assurances en contrat à durée indéterminée. La poursuite de son contrat de travail est subordonnée à la justification de la régularité de séjour en France, remise en cause par la décision du préfet de police de Paris du 24 mai 2024, la plaçant de fait dans une situation de précarité de nature à regarder la condition relative à l'urgence comme particulièrement avérée.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
4. En ce qui concerne les ressortissants sénégalais, s'appliquent les stipulations de la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes ainsi que celles de l'accord du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires, telles que modifiées par un avenant signé le 25 février 2008.
5. Aux termes de l'article 11 de la convention signée le 1er août 1995 entre la France et le Sénégal : " après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des Parties contractantes établis sur le territoire de l'autre Partie peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. "
6. En l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations paraît propre, en l'état de l'instruction, et alors que, contrairement à ce que soutient le préfet de police, Mme A n'a pas demandé le renouvellement de la carte de séjour " passeport talent " qu'elle détenait mais la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées de l'article 11 de la convention franco-sénégalaise, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a par suite lieu d'en ordonner la suspension et d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la demande de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 24 mai 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à Mme A une carte de résident d'une durée de dix ans est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police d'examiner à nouveau la demande de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, à Me Phelip et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
J. SORIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/