vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2423730 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ROSIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Rosin, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer, à titre provisoire, une carte de résident valable dix ans dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer dans l'attente et dans un délai de quarante-huit heures une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil, Me Rosin, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou en cas de non admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui-même.
Elle soutient que :
- l'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est présumée, s'agissant du renouvellement d'un titre de séjour, et que l'inertie de l'administration la place dans une situation de précarité administrative et financière ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse dès lors qu'elle est insuffisamment motivée et qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-1, L. 433-3, L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2024, le préfet de police conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer.
Il soutient que la requérante a été mise en possession le 11 septembre 2024 d'une nouvelle attestation de prolongation de l'instruction de sa demande valable jusqu'au 10 décembre 2024 assurant la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2406754 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné M. Sorin, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Maurice, greffière d'audience :
- le rapport de M. Sorin,
- et les observations de Me Rosin, représentant Mme B, présente, qui persiste dans ses conclusions initiales par les mêmes moyens.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante malienne née le 2 janvier 1989, s'est vue reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire le 20 février 2015. Par une décision du même jour, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a octroyé à sa fille le statut de réfugié. Mme B s'est vue délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable quatre ans du 12 novembre 2019 au 11 novembre 2023. Elle demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
En ce qui concerne la décision attaquée et les conclusions tendant au non-lieu à statuer :
4. Si le préfet de police soutient qu'il a délivré à la requérante le 11 septembre 2024 une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour, cette attestation n'a eu ni pour objet ni pour effet de procéder au retrait ou à l'abrogation de la décision attaquée, qui refuse la délivrance d'un titre de séjour et qui est née, en application des dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quatre mois après le dépôt de la demande de titre soit, en l'espèce, le 20 mars 2024. Les conclusions tendant au non-lieu à statuer ne peuvent, par suite, qu'être rejetées, la requête de Mme B n'ayant pas perdu son objet.
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
6. La décision attaquée, refusant à Mme B la délivrance de son titre de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire, la place dans une situation de précarité administrative et financière l'empêchant de séjourner régulièrement et de pourvoir à ses besoins et à ceux de sa famille. La circonstance que le préfet de police lui ait délivré une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour est à cet égard sans incidence dès lors, d'une part, que cette attestation n'est pas produite et qu'il n'est pas établi qu'elle autoriserait l'intéressée à travailler et, d'autre part et en tout état de cause, qu'une telle attestation, délivrée postérieurement à la naissance de la décision implicite litigeuse et à l'introduction de la requête, ne saurait faire obstacle à ce que le juge des référés se prononce sur le droit au séjour de l'intéressée, la délivrance renouvelée d'attestations prolongeant l'instruction de sa demande ne pouvant s'y opposer sauf à maintenir la requérante dans une situation d'incertitude administrative et procédurale permanente. Il y a par suite lieu, dans les circonstances de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie, sans qu'ait à cet égard d'incidence la circonstance selon laquelle le préfet de police serait " dans l'attente du bulletin numéro 2 du casier judiciaire " de l'intéressée, le préfet n'établissant ni la nécessité ni l'impossibilité d'avoir obtenu plus tôt un extrait de ce bulletin, alors que Mme B a obtenu le statut de bénéficiaire de la protection subsidiaire le 20 février 2015 et a déposé le renouvellement de sa demande de titre de séjour en cette qualité le 20 novembre 2023.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
7. En l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 424-1, L. 433-3, L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions en injonction :
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il a lieu ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée et d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme B, à titre provisoire, une carte de résident au regard de son statut de bénéficiaire de la protection subsidiaire, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Ainsi qu'il a été dit, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rosin, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rosin de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B, par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour est suspendue.
Article 3 : : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B, à titre provisoire, une carte de résident au regard de son statut de bénéficiaire de la protection subsidiaire, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Rosin, avocat de Mme B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Rosin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
J. SORIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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