jeudi 20 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2423755 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | TAMEGA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2412129 du 2 septembre 2024, la présidente du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C A.
Par cette requête enregistrée le 26 août 2024, M. A, représenté par Me Tamega, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Concernant les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le signataire de la décision était incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est illégale dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
Concernant les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- le signataire de la décision était incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- il ne présentait pas de risque de fuite ;
- le préfet n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation ;
- le préfet a commis une erreur manifeste des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
Concernant les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
- le signataire de la décision était incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur de droit ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 janvier 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 janvier 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 27 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Rebellato, rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 15 avril 1992, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 3 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour de la préfecture, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D B, cheffe du bureau de l'asile et signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 612-10 et L. 721-4 et mentionnent avec suffisamment de précisions les éléments relatifs à la situation administrative et personnelle du requérant. Ainsi, les décisions contestées mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et sont suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et droit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. D'une part, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement. Si M. A soutient qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour dès lors qu'il est bénéficiaire de l'aide médicale d'Etat et qu'il vit avec sa femme et sa fille, ces seules circonstances, évoquées de manière sommaire, ne sont pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. D'autre part, M. A se borne à se prévaloir de son entrée en France en 2019, de ses relations sociales et personnelles et de la présence de sa femme et de sa fille née le 9 août 2023. Toutefois, il ressort du procès-verbal en date du 24 août 2024, qu'il a déclaré être célibataire et avoir un enfant d'un an. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa femme serait titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et le requérant ne justifie pas d'une résidence commune. Il n'est pas plus démontré que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Côte d'Ivoire avec sa femme, de nationalité ivoirienne et leur enfant. Enfin, il n'est pas allégué que le requérant serait dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision contestée du préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le préfet, n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
7. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que le requérant se maintient irrégulièrement en France, qu'il est dépourvu de document de voyage en cours de validité et qu'il n'a pas déclaré le lieu de sa résidence lors de son interpellation. Dans ces conditions et même si le préfet s'est fondé à tort sur le motif tiré de ce que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.
8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation pour apprécier si le requérant pouvait bénéficier d'un délai de départ volontaire.
9. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles développées à l'occasion de l'examen des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dirigée contre la décision refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
11. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612 10 du code précité. A cet égard, si, après prise en compte de chacun de ces quatre critères, le préfet ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, il n'est pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
12. D'une part, le préfet a refusé d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire et ce dernier se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un maximum de trois ans. A cet égard, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une telle interdiction. D'autre part, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'intéressé ne justifie ni d'une insertion professionnelle forte, ni d'attaches familiales stables et intenses sur le territoire national. Dans ces conditions, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet qui n'a pas commis d'erreur de droit, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle du requérant.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué du préfet doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 février 2025.
Le rapporteur,
Signé
J. REBELLATO
Le président,
Signé
L. GROS
La greffière,
Signé
C. CHAKELIAN
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2311393
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'obligation de verser une indemnité forfaitaire suite à sa démission de la police nationale. Le tribunal a jugé que le requérant ne démontrait pas l'existence de difficultés personnelles graves l'ayant contraint à démissionner, au sens de l'article 9 du décret du 9 mai 1995. Il a considéré que M. B... n'avait pas établi que sa situation familiale et financière rendait impossible la conciliation avec ses obligations professionnelles ou justifiait une dispense de cette indemnité de rupture d'engagement.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418264
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur trois requêtes d'un agent d'AgroParisTech concernant un titre exécutoire pour redevance de logement de fonction, une demande indemnitaire liée à un transfert, et un licenciement. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation du titre exécutoire, considérant que le logement n'était pas une concession par nécessité absolue de service justifiant la gratuité, en application du code général de la propriété des personnes publiques. Les autres conclusions ont également été rejetées.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431599
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. Le juge a estimé que la décision du préfet de police, fondée sur l'article L. 432-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers, était régulière, suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l'article 8 de la CEDH. Il a considéré que le requérant, en raison de son casier judiciaire et de ses signalements, constituait une menace grave pour l'ordre public justifiant le refus.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504435
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante marocaine, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et que la requérante, sollicitant un titre au titre du travail, ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, celles-ci étant écartées par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 qui régit spécifiquement cette matière. Le tribunal a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et n'avait pas méconnu l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
26/03/2026