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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423923

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423923

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423923
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2024, Mme A C, représentée par Me Lantheaume, demande à la juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler l'autorisation provisoire de séjour dont elle était titulaire en qualité de parent d'une enfant malade ;

3°) d'enjoindre, à toute autorité administrative compétente, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la date de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la présomption d'urgence est applicable, dès lors qu'elle s'est vu refuser le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour délivrée en qualité de parent d'une enfant mineure malade et qu'elle a alors basculé d'un séjour régulier à un séjour irrégulier ;

- la condition d'urgence ne peut pas être écartée au seul motif qu'elle a introduit sa requête plus d'un mois après avoir reçu la notification de la décision litigieuse ;

- elle justifie de circonstances particulières, dès lors qu'elle exerce une activité professionnelle en tant qu'assistante de vie, qu'elle est titulaire d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel depuis le mois d'août 2022 et que son employeur l'a informée de l'impossibilité de la conserver dans ses effectifs en l'absence de titre de séjour ;

- le versement de l'allocation pour l'éducation d'un enfant handicapé qu'elle percevait a été interrompu en l'absence de titre de séjour en cours de validité ;

- elle a à charge sa fille mineure handicapée ;

- elle est placée dans une situation de précarité qui s'aggrave ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, elle méconnaît les dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnées aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- la décision litigieuse méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant l'état de santé de son enfant ;

- son enfant ne pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale effective en cas de retour en Côte d'Ivoire ;

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 7 de la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête n° 2422120 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990,

- la convention relative aux droits des personnes handicapées du 13 décembre 2006,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 septembre 2024, en présence de Mme Nguyen, greffière d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport et entendu les observations de Me Lantheaume, représentant Mme C, laquelle a précisé que la condition relative à l'urgence est présumée, que l'enfant doit pouvoir continuer à voir son père qui est titulaire d'une carte de résident, que l'état de santé de celle-ci n'a pas évolué depuis les derniers renouvellements d'autorisation provisoire de séjour et que la situation sanitaire et les risques de stigmatisation en Côte d'Ivoire nécessitent qu'elle reste en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne née le 18 décembre 1985, soutient être entrée sur le territoire français le 6 septembre 2020. En raison de l'état de santé de sa fille mineure, B D, Mme C a été mise en possession, le 28 février 2022, d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade, laquelle a été renouvelée à quatre reprises jusqu'au 20 juin 2024. Mme C a demandé le renouvellement de cette autorisation provisoire de séjour. Par une décision du 13 juin 2024, le préfet de police a rejeté cette demande de renouvellement. Mme C demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision du 13 juin 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Il résulte de l'instruction que Mme C réside en situation régulière sur le territoire français depuis le 28 février 2022 et que la décision litigieuse a pour effet de la placer en situation irrégulière. En outre, la requérante est employée, depuis le 1er août 2022, en qualité d'assistante de vie par la société ELICS Services avec laquelle elle a conclu un contrat de travail à durée indéterminée et son employeur l'a informée, par courrier daté du 31 juillet 2024, de ce qu'il sera dans l'obligation de rompre son contrat si elle ne lui transmet pas son titre de séjour l'autorisant à travailler. Compte tenu de ces éléments, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

7. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Il résulte de l'instruction que Mme C est mère d'une enfant mineure, B D, née le 20 janvier 2014, qui est atteinte de troubles sévères du spectre autistique, d'une épilepsie nécessitant un traitement médicamenteux et d'une puberté précoce. D'une part, cette enfant, qui est arrivée en France en 2020, bénéficie depuis l'année 2021 d'une prise en charge adaptée aux graves troubles dont elle souffre assurée par les Hôpitaux de Saint-Maurice et l'Hôpital Necker-Enfants malades. D'autre part, la requérante produit à l'appui de sa requête des certificats médicaux dont il ressort qu'en l'absence de prise en charge adaptée, les conséquences seraient pour son enfant d'une exceptionnelle gravité. En outre, la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Paris a reconnu, par une décision du 21 décembre 2021, que l'enfant B D est atteinte d'un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80%. De plus, il résulte de l'instruction qu'à la date de la décision litigieuse, l'enfant était scolarisée en classe de CE2 et était assistée d'une accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH). Enfin, le père de l'enfant, dont la requérante est séparée et qui réside en France où il est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 11 janvier 2034, exerce l'autorité parentale, participe à l'entretien de son enfant et bénéficie d'un droit d'hébergement un week-end par mois. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

9. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision litigieuse, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

11. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer à Mme C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

12. Ainsi qu'il a été dit, Mme C est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Lantheaume, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lantheaume d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où Mme C ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler l'autorisation provisoire de séjour dont Mme C était titulaire en qualité de parent d'une enfant malade est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Lantheaume renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Lantheaume, avocate de Mme C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où Mme C ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Lantheaume et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 24 septembre 2024.

La juge des référés,

S. Marzoug

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2423923/6

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