lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2424162 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | OTTOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Ottou, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié ;
3°) d'enjoindre au préfet territorial compétent de lui délivrer une carte de résident sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de le munir d'un document provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail le temps de ce réexamen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et en cas de non admission définitive à l'aide juridictionnelle à son bénéfice au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est caractérisée car alors même qu'il a été admis au statut de réfugié il y a 18 mois et qu'il est en droit de se voir délivrer une carte de résident en cette qualité, il ne peut établir la régularité de sa situation et ne peut justifier de son droit d'exercer une activité professionnelle, la formation d'électricien d'équipement de bâtiment qu'il suivait a été suspendue.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision contestée est entachée d'une incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux subséquent ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle méconnaît l'article L. 424-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la Convention Européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- elle méconnaît l'article 2 du protocole n° 4 de la Convention Européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 15 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 26 de la directive européenne du 13 décembre 2011 ;
- elle méconnaît les article 26 et 31 de la Convention de Genève.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de police conclut au rejet la requête de M. B.
Il oppose que la condition tenant à l'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie, dès lors qu'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction, valable du 12 septembre 2024 au 11 mars 2025, permettant au requérant de justifier de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, lui a été remise.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête, enregistrée le 10 septembre 2024, sous le n°2424149, tendant à l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 18 septembre 2024 en présence de Mme Latour, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Salzmann,
- les observations de Me Ottou, représentant M. B, qui demande au tribunal de prendre acte de son désistement de ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête et maintient sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et les conclusions sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Elle soutient que le défaut de document valide a entraîné la suspension du contrat de travail de M. B, le renouvelleemnt de l'API est postérieure à la saisine du juge, et que le requérant avait effectué une relance préalablement en ce sens auprès de l'administration.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M.B , ressortissant afghan, né le 4 juin 2004 en Afghanistan, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de L'Office Français des Réfugiés et Apatrides le
20 mars 2023. M. B a déposé, le 13 septembre 2023, une demande de carte de résident en qualité de réfugié et trois attestations de prolongation d'instruction lui ont été délivrées dont la dernière était valable jusqu'au 5 août 2024. Après avoir vainement tenté d'obtenir le renouvellement de cette attestation, le requérant, qui fait valoir que le silence gardé par le préfet de police sur sa demande de carte de résident a fait naître une décision implicite de rejet le
4 août 2023, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision implicite.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la demande au titre de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. Lors de l'audience publique, le requérant représenté par Me Ottou, bénéficiaire d'une attestation de prolongation d'instruction valable du 12 septembre au 11 mars 2025 délivrée par la préfecture de police postérieurement à sa requête, s'est désisté de ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction sous astreinte. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que M. B est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ottou, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ottou de la somme de 800 euros. Dans le cas où M. B ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête de M. B
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ottou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Ottou la somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Cette somme sera versée directement à M. B en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Ottou.
Copie sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Paris le 23 septembre 2024
La juge des référés,
M. SALZMANN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./3-5