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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2424303

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2424303

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2424303
TypeOrdonnance
Avocat requérantCABINET BOULAY (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Boulay, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 23 août 2024 par laquelle le préfet de police a retiré la carte de résident dont il était titulaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- elle est présumée dans les cas de retrait de titre de séjour ;

- il risque d'être dans une situation considérablement fragile, dès lors que la délivrance d'un titre de séjour temporaire d'une année le place dans une précarité indiscutable et à un véritable aléa en cas de non renouvellement ;

- il bénéficie d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire français, la délivrance d'une carte de résident lui ayant permis de mener à bien l'exploitation commerciale de sa société et de contribuer aux charges de son ménage ;

- la décision litigieuse porte une atteinte certaine et immédiate à sa liberté d'aller et venir, dès lors que s'il peut quitter le territoire, l'entrée dans l'espace Schengen lui sera refusée lors de son retour ;

- la décision litigieuse porte une atteinte certaine et immédiate à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision litigieuse méconnaît le principe de présomption d'innocence, les dispositions préliminaire du code de procédure pénale, l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale ;

- les faits en cause ne justifient pas un retrait de la carte de résident, dès lors que si le préfet se fonde sur un rapport d'enquête de la direction de la sécurité de proximité et de l'agglomération parisienne, les produits saisis ont été restitués, détruits ou sont encore en cours d'analyses au sein d'un laboratoire ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il a été entendu pour vente libre dans le commerce de protoxyde d'azote dans le cadre d'une audition libre en 2023 et qu'aucune poursuite judiciaire n'a été engagée à son encontre ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a commis entre 2020 et 2023 aucun délit en lien avec un séjour irrégulier ou d'abus de biens sociaux ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a bien déclaré ses employés ou que ces derniers ont présenté une carte d'identité le laissant croire de bonne foi qu'en tant que ressortissant européen il pouvaient travailler en France et qu'il n'a jamais souhaité échapper à la législation sur les conditions de travail et de séjour des étrangers ;

- la décision litigieuse constituant une sanction est disproportionnée ;

- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 11 septembre 2024, sous le n° 2424279, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 11 décembre 1980, était titulaire d'une carte de résident valable du 16 janvier 2022 au 15 janvier 2032. Par une décision du 26 août 2024, le préfet de police lui a retiré cette carte de résident. M. A demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision de retrait.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (). ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

4. Il résulte des pièces soumises à la juge des référés que si, par l'article 1er de son arrêté du 26 août 2024, le préfet de police a procédé au retrait de la carte de résident de M. A, par son article 2, il a convoqué ce dernier le 26 septembre 2024 afin de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an au titre de la vie privée et familiale. Ainsi, la décision de retrait de la carte de résident contestée ne place pas l'intéressé en situation irrégulière et sa carte de séjour d'une durée de validité d'un an lui permet de séjourner régulièrement en France. Cette circonstance est de nature à remettre en cause la présomption d'urgence attachée à un retrait de titre de séjour. Le requérant n'apporte par ailleurs aucun élément de nature à établir que l'exécution de la décision de retrait porterait atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation personnelle, familiale ou professionnelle, à la liberté d'aller et venir et notamment, compte tenu de ce qui vient d'être dit s'agissant de son maintien en situation régulière sur le territoire français, sur l'activité de son entreprise. Par suite, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Paris, le 25 septembre 2024.

La juge des référés,

S. Marzoug

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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