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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2424350

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2424350

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2424350
TypeDécision
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2024, M. B A, détenu au centre pénitentiaire de Paris-La Santé, représenté par Me Petit, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 2 août 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq années et l'a signalé dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il ne lui a pas été régulièrement notifié ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la menace à l'ordre public ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 et 27 septembre 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hémery en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hémery ;

- les observations de Me Petit, avocat représentant M. A, qui demande en outre au tribunal de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- le préfet de police n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 novembre 2021, M. A, ressortissant ivoirien né le 26 juillet 2000 et entré en France en 2016 selon ses déclarations, a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle sur le fondement du 10° de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 août 2024, le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans conséquence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que la décision contestée n'aurait pas été notifiée au requérant par voie administrative doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, M. A conteste le motif retenu par le préfet de police pour fonder la décision attaquée, et tiré de ce que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné, le 5 août 2024, par le tribunal correctionnel de Paris à six mois d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances et rébellion, le 12 août 2023, par le tribunal correctionnel de Paris à trois mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour rébellion, le 25 août 2021, par le tribunal correctionnel de Paris, à six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour vol aggravé par deux circonstances, avec violence sur autrui n'ayant pas entraîné d'incapacité, dans un véhicule de transport collectif de voyageurs (en récidive), le 8 juillet 2021, par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de deux mois d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances et fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire, le 21 octobre 2019, par le tribunal correctionnel de Paris à deux mois d'emprisonnement pour vol commis dans un lieu destiné à l'accès à un moyen, de transport collectif de voyageurs (en récidive) et le 8 juillet 2019, par le tribunal correctionnel de Paris à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour vol aggravé par deux circonstances et fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire. Eu égard à la nature et au caractère répété de ces condamnations, le préfet de police a pu considérer, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A soutient qu'il est entré en France à l'âge de 16 ans, qu'il vit en concubinage avec un ressortissante malienne titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et que deux enfants de nationalité ivoirienne, nés respectivement le 5 mai 2020 et le 25 mars 2021, sont issus de cette union. Toutefois, d'une part, il ressort des actes de naissance de ses enfants qu'il a déclaré résider à une adresse différente de celle de la mère de ses enfants et, d'autre part, l'intéressé n'apporte aucun élément qui établirait une vie commune avec sa compagne depuis cette date. Il n'établit pas non plus qu'il entretiendrait des liens réguliers avec ses enfants, ni même qu'il contribuerait à leur entretien et éducation. S'il soutient en outre que sa mère et sa sœur vivent en France, il n'apporte aucun élément étayant ses dires et n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. En outre, s'il soutient s'être inséré dans la société française, cette allégation est contredite par les multiples condamnations dont il a fait l'objet qui sont mentionnées au point 5. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 à 7 ci-dessus.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 à 7 ci-dessus, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Les pièces du dossier ne sont pas de nature à établir que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

12. En dernier lieu, eu égard aux circonstances indiquées plus haut, M. A ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient que ne soit pas prononcée l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par suite, le préfet de police a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

D. HEMERYLa greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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