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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2424379

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2424379

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2424379
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSCHWARZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2424379 le 12 septembre 2024 et un mémoire de production enregistré le 25 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Schwarz, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel le préfet de police a retiré sa carte de résident ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il dans une situation très précaire susceptible de fragiliser les conditions d'existence de sa fille française ;

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision est entachée d'irrégularité dès lors qu'elle est fondée sur une décision d'expulsion elle-même irrégulière.

La requête a été communiquée au préfet de police, représenté par la Selarl Centaure Avocats qui a adressé un mémoire de production enregistré le 25 septembre 2024.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2424380 le 12 septembre 2024 et un mémoire de production enregistré le 25 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Schwarz, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de police a prononcé son expulsion du territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est susceptible d'être expulsé à tout moment ;

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit tirée de la violation des articles L. 631-1 à L. 631-3 dès lors qu'il est entré en France en 2003 à l'âge de neuf il y a plus de 20 ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il vit depuis plus de 20 ans en France, avec sa compagne et leur fille de nationalité française à l'entretien de laquelle il participe grâce à son travail et qu'il n'a aucune attache en Tunisie, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police, représenté par la Selarl Centaure Avocats qui a adressé un mémoire de production enregistré le 25 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les requêtes enregistrées le 6 septembre 2024 sous les n°2424036 et 2424046 par lesquelles M. B demande l'annulation des deux décisions attaquées.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C, qui indique aux parties qu'est susceptible d'être retenu le moyen soulevé d'office tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en application de l'article R*632-2 du CESEDA ;

- les observations de Me Schwarz, représentant M. B ;

- les observations de Me Doucet représentant le préfet de police ;

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de nationalité tunisienne, est né le 17 octobre 1981 à Tripoli en Libye. Selon ses déclarations, il est entré en France il y a plus de 20 ans, à peine majeur, et y réside depuis lors de manière habituelle avec sa compagne et sa fille toutes deux de nationalité française. Par deux décisions des 4 et 26 juillet 2024, le préfet de police a successivement pris à son encontre un arrêté portant expulsion du territoire français en raison de la menace grave à l'ordre public qu'il représente, puis retiré sa carte de résident valable jusqu'au 6 mars 2029 en raison de la mesure d'expulsion dont il fait l'objet. M. B demande au juge des référés saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de ces deux arrêtés jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2424379 et n° 2424380 de M. B présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une même ordonnance.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre sur le fondement de ces dispositions, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, au titre des deux présentes requêtes.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

5. En l'état des dossiers, M. B en se bornant à produire les décisions attaquées, les certificats de scolarité de sa fille, quelques fiches de paye pour les années 2022 à 2024, les titres de séjour délivrés à compter de 2018 et les nombreuses pièces relatives à son parcours pénal, n'établit ni la durée alléguée de plus de 20 ans et la stabilité de son séjour, ni la réalité de ses attaches familiales et la participation à l'entretien et à l'éducation de sa fille pour laquelle il ne produit que 3 justificatifs de paiement en 3 ans, deux attestations non circonstanciées de juin 2023 et septembre 2024 établies pour les besoins de la cause par les directrices d'école de sa fille et quelques photographies dépourvues de valeur probante. Dès lors, que le requérant ne conteste pas la réalité des nombreuses condamnations sur lesquelles se fondent le préfet qui démontrent une constante réitération et aggravation des infractions dument visées par les décisions attaquées et, que les deux avis de la commission d'expulsion, nonobstant un avis défavorable, ont reconnu le caractère avéré et actuel de la menace à l'ordre public que représente M. B, en l'état des dossiers aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la suspension des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

7. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions à fins de suspension présentées par M. B, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions présentées au titre des frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre des requêtes n° 2424379 et n° 2424380.

Article 2 : Le surplus des conclusions des deux requêtes de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, Me Schwarz et au préfet de police.

Fait à Paris, le 30 septembre 2024.

Le juge des référés,

J.P. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N° 24224709 et 2424380

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