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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2424761

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2424761

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2424761
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées le 17 septembre 2024 et le 1er octobre 2024, Mme A D, représentée par Me De Seze, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre la décision implicite par lequel le préfet de police a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour et la délivrance d'une carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident à titre provisoire dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce que le juge du fond statue sur sa demande.

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors qu'elle est présumée dans le cadre d'un recours dirigé contre une décision de refus de renouvellement ou de retrait de titre de séjour. En tout état de cause, si elle a changé de statut, cette situation irrégulière la place dans la précarité.

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car :

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Me Floret, avocate de la préfecture de police, a fourni des pièces le 30 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

-la requête enregistrée le 17 septembre 2024, sous le n° 2424760, tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ladreyt, vice-président de la 5ème section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue en présence de Mme Maliki, greffière d'audience :

- le rapport de M. Ladreyt,

- les observations de Me De Sèze, avocat de Mme B qui conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens,

- et les observations de Me Floret, avocate de la préfecture de police, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme B le 1er octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, née le 28 avril 1993 à Kaboul, a bénéficiée d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 26 janvier 2024 en qualité de conjoint d'étranger bénéficiant de la protection subsidiaire. A la suite de sa séparation avec son conjoint, la requérante a sollicité la protection internationale le 17 avril 2023. Par une décision du 13 octobre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a reconnu le statut de réfugiée et l'a placée sous la protection juridique et administrative de l'Office. Le 19 mars 2023 Mme D a déposé auprès de la préfecture de police une demande de titre de séjour et a été mise en possession le 25 mars 2024 d'une autorisation provisoire d'instruction valable jusqu'au 24 juin 2024. Par la présente requête, Mme D demande la suspension de la décision implicite née du silence gardé par le préfet pendant quatre mois à la suite du dépôt de sa demande de titre de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que par une décision du 13 octobre 2023 le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a reconnu le statut de réfugiée à Mme B. Le 19 mars 2024, la requérante a sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est vu remettre une attestation de prolongation d'instruction valable du 23 mars 2024 au 24 juin 2024. Toutefois, le préfet de police a implicitement refusé la délivrance de la carte demandée. Ainsi, la requérante est, malgré son statut de réfugiée, dans une situation de grande précarité, dès lors qu'elle ne peut poursuivre son emploi et justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français.

6. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne la condition relative à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité la décision attaquée :

7. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. () ".

8. Le moyen tiré de ce que le préfet de police a méconnu les dispositions citées au point 7 ci-dessus apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions, rappelées au point 3, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision litigieuse.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de carte de séjour de la requérante, dans le délai d'un mois, et de lui délivrer, dans l'intervalle, dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente décision, conformément à ses conclusions, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, jusqu'à ce qu'il a été statué sur sa demande. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser au conseil de la requérante sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, l'aide juridictionnelle ayant été accordée à titre provisoire. Dans le cas où l'obtention définitive de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B, la somme de 1 200 euros sera versée directement à Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à Mme B.

Article 2 : L'exécution de la décision attaquée du préfet de police est suspendue en tant que l'autorité préfectorale a refusé la délivrance d'une carte de résident à Mme B.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de carte de séjour de Mme B, dans le délai d'un mois, et de lui délivrer, dans l'intervalle, dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente décision une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande.

Article 4 : L'Etat versera à Me De Sèze, conseil de Mme B, la somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me De Sèze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B, la somme de 1 200 euros sera directement versée à Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 9 octobre 2024.

Le juge des référés,

J-P. LADREYT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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