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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2424830

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2424830

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2424830
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Hamot, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 8 août 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un récépissé de séjour avec autorisation de travailler, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour, la décision litigieuse emporte des conséquences graves et immédiates sur sa situation personnelle et professionnelle dès lors qu'il risque de perdre son emploi et qu'il a deux enfants à charge ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est entachée d'un défaut de motivation, qu'elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, qu'elle méconnaît son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux des droits de l'Union européenne, qu'elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace à l'ordre public, qu'elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2424687 le 16 septembre 2024 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Delesalle comme juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024 :

- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;

- les observations de Me Hamot, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens en précisant que les faits pour lesquels il a été condamné sont anciens car commis le 2 mars 2019 et qu'il n'a pas été condamné le 12 octobre 2023 pour les faits mentionnés qui résultent nécessairement de la consultation du fichier " traitement des antécédents judiciaires ", que ceux-ci sont également anciens car survenus le 26 septembre 2020 et que son permis de conduire a fait l'objet d'une annulation administrative et non judiciaire sans qu'il ne se soit rendu coupable de défaut d'assurance car le véhicule qu'il conduisait ne lui appartenait pas, et qu'il a sollicité à la fois la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans et le renouvellement de son certificat de résidence mention " salarié " d'un an ;

- les observations de Me Floret, avocate du préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que, d'une part, la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que si celle-ci est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement, cette présomption est renversée en l'espèce dans la mesure où le requérant n'établit qu'il risque de perdre son emploi du fait du refus opposé et où il n'existe aucun risque sérieux d'éloignement, et que, d'autre part, il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que le comportement de M. A représente une menace pour l'ordre public.

Le préfet de police a produit des pièces enregistrées le 2 octobre 2024 à 21h48.

Un mémoire, enregistré le 3 octobre 2024 à 10h58, a été présenté par M. A, représenté par Me Hamot, dans lequel il doit être regardé comme concluant aux mêmes fins que précédemment par les mêmes moyens en soutenant, en outre, que la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle se fonde sur des faits provenant du fichier TAJ sans justifier avoir effectué des vérifications complémentaires auprès des forces de l'ordre et du procureur en méconnaissance de l'article 40-29 du code de procédure pénale.

La clôture de l'instruction a été différée au 3 octobre 2024 à 9h30 puis à 12h00.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 2 janvier 1995, est entré sur le territoire français le 6 août 2012 sous couvert d'un visa Schengen. Il a été titulaire de plusieurs titres de séjour d'un an mention " étudiant " puis " salarié ", son dernier titre étant valable du 22 avril 2022 au 21 avril 2023. Il a alors sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, ou, à défaut, le renouvellement de son titre de séjour salarié. Par un arrêté du 8 août 2024, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de ce refus sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. A demandant la suspension de l'exécution de la décision qui refuse le renouvellement du titre de séjour dont il était titulaire, et le préfet de police ne faisant état d'aucune circonstance de nature à renverser la présomption d'urgence qui en résulte en se bornant à soutenir que la situation professionnelle du requérant n'est pas compromise et qu'il n'est exposé à aucun risque sérieux d'éloignement, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de police quant à la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. A en France, de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 5 que l'exécution de la décision du 8 août 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour à M. A doit être suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la demande tendant à son annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, ainsi qu'il le demande, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 8 août 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la demande tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 8 octobre 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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