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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2424852

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2424852

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2424852
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCAMUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 30 octobre 2024, Mme C A, représentée par Me Camus, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction, l'autorisant à exercer une activité professionnelle, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement en cas de non admission à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- il appartenait au préfet du Morbihan, s'il s'estimait territorialement incompétent, de transmettre sa demande de titre de séjour à l'autorité compétente ;

- la décision en litige méconnait les articles L. 424-9 et R. 424-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La requête a été communiquée au préfet de police et au préfet du Val de Marne qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lambert a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante soudanaise née le 16 mars 1992, bénéficiaire de la protection subsidiaire depuis le 29 juillet 2022, a déposé, en dernier lieu, le 14 août 2023, une demande de titre de séjour aux services de la préfecture du Morbihan. Mme B A fait valoir que le silence gardé par le préfet de police a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Elle demande au tribunal l'annulation de cette décision implicite du préfet de police.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme B A à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Morbihan :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. ". Et aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

5. Il est constant que la requérante a sollicité le 14 août 2023 la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ". En application des dispositions précitées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de sa demande est née le 14 décembre 2023. La circonstance, à la supposer avérée, que le préfet du Morbihan serait incompétent territorialement pour se prononcer sur la demande de Mme B A n'est pas de nature à remettre en cause la naissance d'une telle décision implicite de rejet. En l'absence d'indication des voies et délais de recours contre cette décision, la requête enregistrée au greffe du tribunal le 18 septembre 2024 n'est pas tardive.

6. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Morbihan tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. ".

8. En l'espèce, il est constant que Mme B A est bénéficiaire de la protection subsidiaire depuis le 29 juillet 2022 et qu'elle a déposé une demande de carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est au demeurant pas allégué en défense, que le statut de bénéficiaire de la protection subsidiaire aurait été retiré à la requérante par les instances compétentes en matière d'asile. Par suite, celle-ci est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées, selon lesquelles elle doit se voir délivrer de plein droit une carte de séjour pluriannuelle. La décision implicite de rejet de la demande de Mme B A tendant à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle doit, dès lors, être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B A une carte de séjour pluriannuelle, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Mme B A étant admise à l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Camus, avocate de Mme B A, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où Mme B A ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision implicite portant rejet de la demande de carte de séjour de Mme B A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer une carte de séjour pluriannuelle à Mme B A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Camus, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de Mme B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où Mme B A ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Camus, au préfet du Morbihan, au préfet du Val de Marne et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

S. Marzoug

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2424852/6-

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