jeudi 6 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2424966 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | ABEBERRY XAVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 5 et 12 février 2025, M. E et Mme B, agissant en leur nom personnel et au nom de leurs deux enfants mineurs, représentés par Me Abeberry, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'État à leur verser une somme de 7 000 euros, à parfaire, en réparation des préjudices résultant de leur absence de relogement ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 296 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'ils n'ont reçu aucune offre de relogement alors qu'ils ont été reconnus prioritaires par une décision de la commission de médiation ;
- ils subissent des troubles dans leurs conditions d'existence du fait de la carence fautive de l'État à les reloger.
La requête a été communiquée au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Patfoort, greffier d'audience, M. A a lu son rapport.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la responsabilité :
1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ".
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. En outre, il y a lieu de tenir compte, pour les évaluer, de l'évolution de la composition du foyer au cours de cette période.
3. Il résulte de l'instruction que M. E, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision du 3 mars 2022 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'il occupait un logement sur-occupé avec personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge. Cette décision vaut pour trois personnes. Il est cependant constant que le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, n'a pas proposé à M. E un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à l'égard de M. E à compter du 3 septembre 2022. En revanche, il résulte des principes énoncés au point 2 que les conclusions présentées par Mme B en son nom propre et par les requérants au nom de leurs enfants mineurs doivent être rejetées.
Sur l'indemnisation :
4. Il résulte de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation persiste, M. E continuant de résider dans un logement sur-occupé d'une surface de 16 m2 situé au 1 rue Géo Chavez à Paris (75020) avec une personne handicapée à charge avec sa femme et ses deux enfants mineurs nés respectivement le 4 juillet 2021 et le 21 juin 2023. Alors même que la fille de M. E est née le 21 juin 2023, soit postérieurement à la décision de la commission de médiation, il est constant que l'enfant vit avec le reste de la famille et fait ainsi partie du foyer de M. E. Par suite, conformément au principe dégagé au point 2 ci-dessus, la présence de l'enfant doit être prise en compte dans la détermination du préjudice subi par M. E du fait de son absence de relogement. Compte tenu de ces conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer de M. E, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par lui dans ses conditions d'existence, y compris de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 3 500 euros pour la période du 3 septembre 2022 au 6 mars 2025.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. E d'une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. E une somme de 3 500 (trois mille cinq cents) euros.
Article 2 : L'État versera à M. E une somme de 800 (huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Mme D B, à la ministre auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargée du logement et à Me Abeberry.
Copie en sera adressée au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2025.
Le magistrat désigné,
J.-P. ALe greffier,
A. PATFOORT
La République mande et ordonne à la ministre auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargée du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2427371
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... dirigée contre la décision du 16 mai 2024 par laquelle la commission de médiation de Paris a déclaré sans objet sa demande de reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de son logement social. Le tribunal a relevé que M. A... avait déjà obtenu cette reconnaissance par une décision du 25 novembre 2020, et que la décision attaquée ne remettait pas en cause ce bénéfice. En l'absence d'élément nouveau, la requête a été jugée irrecevable pour défaut d'intérêt à agir, sur le fondement des dispositions du code de la construction et de l'habitation.
09/12/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2430512
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A... et Mme C... d’un recours en excès de pouvoir contre la décision du 4 avril 2024 par laquelle la commission de médiation du département de Paris a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de leur demande de logement social, au motif que l’insalubrité et l’indécence du logement n’étaient pas démontrées par des pièces administratives. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par le préfet, la décision attaquée ayant bien été produite. Sur le fond, il a annulé la décision de la commission, estimant que celle-ci avait commis une erreur de droit en exigeant la production d’un rapport d’autorité administrative pour établir l’insalubrité, alors que d’autres éléments pouvaient être pris en compte, et qu’elle avait également omis de statuer sur le moyen tiré de la suroccupation du logement. La solution retenue est fondée sur les dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation.
09/12/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2433968
Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en formation de juge unique, a annulé la décision du 12 décembre 2024 par laquelle la commission de médiation du département de Paris avait refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social de M. B.... Le tribunal a jugé que la commission avait commis une erreur d'appréciation en estimant que la situation de M. B..., hébergé à l'hôtel et dépourvu de logement, ne présentait pas un caractère d'urgence. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.
09/12/2025