samedi 21 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2425067 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | SCHOELLKOPF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, Mme D B, en sa qualité de représentante légale de son fils mineur, C E A, représentée par Me Schoellkopf, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au préfet de police de Paris ou à toute autre autorité compétente de délivrer à C A un visa retour dans les 48h à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le refus de délivrer à son fils mineur un visa de retour est manifestement illégal et porte atteinte à ses libertés fondamentales ; que la condition d'urgence est remplie, dès lors que son fils âgé de 17 ans aurait dû entamer sa rentrée en Terminale début septembre et qu'il suit un traitement médical.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bailly, présidente de section pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 21 septembre 2024 en présence de Mme Caillieu-Helaiem, greffière d'audience, Mme Bailly a lu son rapport et entendu :
- Les observations de Me Schoellkopf pour Mme B ;
- Me Faugeras pour le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Le jeune C A, né le 15 juin 2007, qui réside régulièrement en France depuis 2018 avec sa mère et sa fratrie, de nationalité française, était titulaire d'un document de circulation pour étranger mineur, valable jusqu'au 4 mars 2024. La demande de délivrance d'un nouveau document, effectuée au mois d'avril 2024 et pour laquelle la famille avait pourtant reçu une convocation de remise, a été clôturée à la suite d'un bug informatique le 20 juin 2024. Il a alors été demandé à Mme B, mère de l'intéressé, d'effectuer une nouvelle demande, ce qu'elle a fait le jour-même. Alors que la seconde demande était toujours en cours d'instruction, la famille, qui avait des billets d'avions non remboursables pour la Côte d'Ivoire pour un départ le 18 juillet, a décidé de partir malgré l'absence de document permettant à C A de rentrer sur le territoire français. Une demande de visa retour a été effectuée auprès des services consulaires le 5 août 2024, en vue d'un retour le 30 août 2024. Le document n'ayant pas été délivré dans les temps, la famille est rentrée en France, alors que C A restait en Côte d'Ivoire dans l'attente de la délivrance du visa retour. Mme B, en sa qualité de représentante légale de son fils mineur, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de Paris ou à toute autre autorité compétente de délivrer à C A un visa retour dans les 48h.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. Aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : () 4° Dont au moins l'un des parents a acquis la nationalité française ; ". L'article L. 414-5 du même code prévoit que : " Le titulaire du document de circulation pour étranger mineur prévu à l'article L. 414-4 peut être réadmis en France, en dispense de visa, sur présentation de ce titre accompagné d'un document de voyage en cours de validité. "
4. Il résulte de l'instruction que le jeune C A, qui résidait régulièrement en France avec sa mère de nationalité française, se retrouve isolé en Côte d'Ivoire et n'a pu effectuer sa rentrée en Terminale au lycée du bâtiment H. Guimard début septembre, faute de disposer d'un document de circulation pour étranger mineur lui permettant de rentrer en France. Il résulte également du certificat médical établi par un médecin du service d'immuno-hématologie et rhumatologie pédiatrique de l'hôpital Necker, où le jeune est suivi, que son état de santé nécessite la prise d'un traitement quotidien indispensable qu'il ne peut plus recevoir en Côte d'Ivoire actuellement. Dans ces conditions, et quelle que soit l'imprudence commise par la famille qui a décidé de quitter le territoire français le 18 juillet dernier, alors que le document de circulation qui avait été sollicité n'avait pas été délivré, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie.
5. Si le jeune C A n'est pas en possession d'un document de circulation pour étranger mineur valide lui permettant d'être réadmis en France, il est constant, d'une part, qu'il était détenteur d'un tel document de circulation, valable jusqu'au 4 mars 2024, d'autre part, que sa mère a été informée le 5 septembre dernier de ce que le nouveau document était prêt et pouvait être remis à son fils le 13 septembre 2024. Par ailleurs, il n'est pas non plus contesté que Mme B a sollicité dès le 5 août 2024, soit plus de trois semaines avant la date programmée de son retour en France, auprès des services consulaires à Abidjan, la délivrance d'un visa de retour pour son fils, dont l'instruction était cependant toujours en cours le 4 septembre, dans l'attente, selon le courriel produit à l'appui de la requête, d'un retour de la préfecture de police. Enfin Mme B a également demandé le 12 septembre 2024, par l'intermédiaire de son conseil, à la préfecture de police de délivrer à son fils un visa de retour préfectoral, qui peut toujours être délivré par le préfet dans des circonstances exceptionnelles. Dans ces conditions l'absence de retour favorable à ces différentes demandes, alors que rien ne fait obstacle à la délivrance à l'intéressé d'un document permettant sa réadmission en France, porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir et au droit du jeune C A de mener une vie familiale normale en France.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou à toute autorité compétente, de donner, sous 48h, aux services consulaires à Abidjan les informations nécessaires relatives à la validité du document de circulation pour étranger mineur du jeune C A, actuellement détenu par les services de la préfecture de police, permettant aux services consulaires, ou à toute autorité compétente, de délivrer à C A sans délai, dès réception de ces informations, un visa de retour ou tout autre document lui permettant d'être réadmis en France, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Mme B.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de police, ou à toute autorité compétente, de donner, sous 48h, aux services consulaires à Abidjan les informations nécessaires relatives à la validité du document de circulation pour étranger mineur du jeune C A, permettant aux services consulaires, ou à toute autorité compétente, de délivrer à C A sans délai, dès réception de ces informations, un visa de retour ou tout autre document lui permettant d'être réadmis en France, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B, en sa qualité de représentante légale de C A la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 21 septembre 2024.
La juge des référés,
P. Bailly
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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